dimanche, 4 octobre 2026

Procès de Fiodor Rechetnikov, treize ans, pour la perte d'un pli avec un manifeste

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Comment la perte d'un pli postal conduisit un futur écrivain devant les tribunaux.

La biographie de l'écrivain Fiodor Mikhaïlovitch Rechetnikov (1841-1871) commence de façon fort singulière : par un procès long et compliqué, intenté contre lui alors qu'il n'était encore qu'un enfant. Rechetnikov comparut en justice à l'âge de 13 ans. L'affaire fut instruite pendant près de deux ans et s'acheva par un verdict de culpabilité.

De quoi accusait-on le jeune Fiodor Rechetnikov ? À la vérité, on reprochait à cet adolescent d'avoir perdu un pli officiel contenant le manifeste annonçant la mort de Nicolas Ier et l'avènement d'Alexandre II. Formellement, l'affaire fut ouverte pour avoir emporté du bureau de poste des plis, des gazettes et des revues.

Voici comment les choses se passèrent. Fiodor Mikhaïlovitch était élevé chez son oncle paternel, Vassili Vassilievitch, trieur principal du bureau de poste de Perm. À la poste, on trouvait alors tout à fait normal que les employés prélèvent dans la correspondance les gazettes et les publications illustrées qui leur plaisaient, pour les lire, pour les faire lire à leurs amis et connaissances, et pas toujours pour les rendre ; on consignait alors que l'envoi était perdu. On ne prenait pas que la presse, bien sûr, mais aussi les lettres privées. C'est si intéressant ! Nul n'aurait été surpris d'apprendre qu'à la poste on décachetait sans façon les lettres, qu'on les lisait, puis qu'on les recollait et qu'on les expédiait à leurs destinataires.

Le petit Fedia en faisait autant. Lui-même se souvenait qu'il prenait parfois telle ou telle enveloppe parce que sa forme ou son écriture lui plaisait. Certains biographes de l'écrivain soulignent en particulier la calligraphie : Rechetnikov voulait apprendre à bien écrire en vue de sa future profession, aussi s'intéressait-il aux modèles de belle écriture et les prenait-il pour les recopier. Toutefois, l'adolescent n'avait pas l'habitude de rendre ce qu'il avait pris à la poste : quand la correspondance ne lui servait plus, il la jetait tout simplement.

Et si l'affaire montée contre Rechetnikov n'avait concerné que des lettres et des gazettes, le maître de poste l'aurait réglée lui-même. On aurait simplement porté le tout au compte d'une perte en cours de route. Mais un jour, Fiodor déroba au bureau une enveloppe contenant le manifeste de l'avènement du nouvel empereur. Il le lut et le jeta dans la fosse d'aisances. Cette enveloppe n'atteignit jamais sa destination, les salines de Dedioukhino ; le manifeste n'y fut pas lu publiquement, d'où l'impression que le chef principal des usines minières ne reconnaissait pas le nouveau règne, ce pour quoi il fut destitué.

L'affaire fit grand bruit. De la Direction des Postes, elle passa au tribunal de district, puis à la chambre criminelle et civile du gouvernement. La décision d'abord clémente, « soumettre l'intéressé à une correction domestique selon les dispositions de son tuteur », fut basculée sur le terrain pénal et révisée : on décida d'enfermer Rechetnikov dans un monastère pour trois mois. Sa peine purgée, Fiodor retourna à sa vie d'avant, mais il était désormais un autre homme : un procès interminable, les interrogatoires et les auditions, le séjour entre les murs d'un monastère, l'exclusion du gymnase, tout cela ne pouvait manquer de briser un caractère d'enfant

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