Léon Tolstoï sur la mort de Fiodor Dostoïevski, qu'il n'avait jamais vu
Que je voudrais savoir dire tout ce que je ressens au sujet de Dostoïevski. Je n'ai jamais vu cet homme et n'ai jamais eu de rapports directs avec lui ; et voilà que, lorsqu'il est mort, j'ai compris qu'il était l'homme le plus proche, le plus cher, le plus nécessaire pour moi. Jamais l'idée ne m'est venue de me mesurer à lui, jamais. Tout ce qu'il faisait (de bon, de vrai, ce qu'il faisait) était tel que, plus il en ferait, mieux cela serait pour moi. L'art éveille en moi l'envie, l'intelligence, de même, mais l'affaire du cœur, rien que de la joie. Je le tenais pour mon ami, et je ne pensais pas autrement que nous nous verrions, que seulement l'occasion ne s'en était pas encore présentée, mais que cela m'était réservé. Et soudain je lis : il est mort. Un appui quelconque s'est dérobé sous moi. Je suis resté désemparé, puis il m'est apparu clairement combien il m'était cher, et j'ai pleuré et je pleure encore. Ces jours-ci, avant sa mort, j'ai lu « Humiliés et offensés » et j'en étais attendri
Léon Tolstoï au sujet de Fiodor Dostoïevski
