vendredi, 2 octobre 2026 · Almaty

Je ne sais plus le mot que je voulais dire

Partager

Je ne sais plus le mot que je voulais dire.
L'hirondelle aveugle retournera au palais des ombres
Sur des ailes tronquées pour jouer avec les transparentes.
Dans l'oubli, un chant de nuit se chante.

Et sur les lèvres, comme une glace noire, brûle
Et tourmente la mémoire. Le mot fait défaut.
On ne peut l'inventer : il bourdonne de lui-même,
Il balance la cloche de l'oubli nocturne.

Et lentement il grandit, comme une tente ou un temple,
Tantôt il feint d'être Antigone, la démente,
Tantôt, hirondelle morte, il se jette à mes pieds
Avec une tendresse stygienne et une passion d'pestiférée.

Oh, si je pouvais rendre aussi la pudeur des doigts qui voient,
Et la joie saillante de la reconnaissance.
J'ai si peur du sanglot des Aonides,
De la brume, du tintement et du gouffre béant.

Aux mortels est donné le pouvoir d'aimer et de reconnaître,
Pour eux le son aussi se répandra dans les doigts,
Mais j'ai oublié ce que je veux dire,
Et la pensée sans corps retournera au palais des ombres.

Mais la transparente ne dit rien de cela,
Elle répète : hirondelle, amie, Antigone...
Et sur les lèvres, comme une glace noire, brûle
Le souvenir stygien d'un tintement.

Traduction littérale

Ossip Mandelstam, novembre 1920

Signaler une erreur de traduction