Le stolnik Piotr Tolstoï décrit les gondoles vénitiennes, leur construction et leur location
Les gondoliers de Venise : un métier exclusivement masculin, mais, à en croire cette gravure de 1610, les femmes étaient admises à la course traditionnelle de gondoles.
Un voyageur russe de cette époque, le stolnik Piotr Tolstoï, décrit ainsi ce qu'il vit à Venise :
À Venise, il y a des barques de louage, qu'on nomme gundalas, de plusieurs milliers, et toutes sont noires et couvertes de draps noirs, avec de grandes fenêtres, et dans chaque gundala il y a un seul homme, le rameur, et dans certaines deux hommes. Et celui qui doit aller quelque part par mer, dans les environs proches de Venise, ou dans Venise même par les canaux, c'est-à-dire par les rues, c'est dans ces gundalas qu'il voyage, en les louant ; et le prix, pour une journée entière, est d'un ducat vénitien pour une gundala à un seul rameur, soit en monnaie de Moscou 15 altyns ; et pour ce prix, il est tenu de vous conduire toute la journée où il vous plaira.
Et les procurateurs vénitiens, et les marchands de qualité, de même que les personnes d'Église, ont leurs propres gundalas, dont Venise compte plus d'un millier. Beaucoup de ces gundalas sont fort parées, d'un travail sculpté, dorées, couvertes de velours avec des dentelles et des franges d'or et d'autres brocarts remarquables, et de grandes fenêtres ; on y étend aussi des tapisseries, ou des étoffes de couleur, ou d'autres brocarts remarquables semblables.
Et ces gundalas sont faites à une mode particulière : longues mais non larges, comme le sont les barques taillées dans un seul tronc, avec la proue et la poupe pointues, et sur la proue de grandes crêtes de fer, et la poupe également garnie de fer, et au milieu est dressée une cabine à fenêtres, couverte de rideaux remarquables, et dedans de beaux bancs avec des coussins. Et les rameurs : l'un est à la proue et l'autre à la poupe ; et dans celle où il n'y a pas de second rameur, il y a un homme à la poupe, qui rame debout et, de la même rame, gouverne aussi, car sur ces gundalas il n'y a pas d'aviron de gouverne, comme il y en a d'ordinaire, et pourtant on les dirige fort bien sans lui.