Que pensent les nobles des roturiers qui ont fait leur chemin ?
« Ces plébéiens qui se frayent tant bien que mal un chemin, vraiment, tous ceux que j'ai rencontrés, quel peuple remarquablement avisé et intelligent… Séminaristes, petits-bourgeois, toute cette menue engeance : toujours des gaillards doués et dégourdis.
— Ah, mon cher, tous les gens qui ont faim sont intelligents… Toi, tu es gentilhomme, tu n'as pas eu à gagner ton pain quotidien par tous les moyens, honnêtes ou non ; ces gens-là, eux, doivent tirer un kopeck de tout. Et regarde comme il mange beaucoup. Nous ne regrettons pas ce bien, bien sûr ; mais… son appétit perpétuel trahit en lui le plébéien, l'homme élevé à la dure et qui n'a jamais vu un plat convenable… Il ne serait pas mal, mon cher, de lui offrir un peu de toile de Hollande, car, figure-toi, il porte des plastrons en semaine : ce n'est vraiment pas convenable !… »
N. G. Pomialovski, « Le Bonheur petit-bourgeois »