Mon Dieu, comme j'ai envie de vivre !..
Mon Dieu, comme j'ai envie de vivre !.. Fût-ce en petite souris,
Je vivrais un siècle entier et j'arroserais de larmes mon trou,
Et, de ravissement, je déchirerais sur ma poitrine ma petite chemise,
Et je mâchonnerais avec précaution la croûte de l'an dernier.
Mon Dieu, comme j'ai envie de vivre, fût-ce en misérable bestiole !
Peut-être est-ce le soleil oublié qu'on appelle « bestiole » ?
La bestiole n'a pas de chemise, son âme est grande ouverte,
Le soleil brûle, et la bestiole se pose sur le soleil.
Mon Dieu, ne me fais pas naître bestiole, fais-moi naître moucheron !
Comme j'aurais volé librement, en moucheron, dans l'espace !
Permets-moi de me promener encore un tout petit peu à travers le monde,
Permets-moi de me promener à travers le monde ne fût-ce qu'un minuscule instant.
Mon Dieu, quand je ne serai même plus moucheron, mais puceron, mais pou,
Je veux effleurer, à peine audible, ton monde de Dieu,
Afin de ne jamais me séparer de la terre natale,
De ne jamais me séparer de ma maison verte...
Traduction littérale
Veniamine Blajenny, mai 1972