La famille Dior et la production d'engrais en France du XIXe siècle à 2007
L'entreprise de la famille de Christian Dior fut remarquable, et les travaux d'histoire économique de la France en parlent avec beaucoup de respect.
La production d'engrais de qualité a puissamment soutenu l'essor agricole de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. C'est précisément à cette époque que la culture des plantes et l'élevage se sont entièrement transformés.
L'apogée de l'agriculture française est traditionnellement situé entre 185+ et 1880 : les villes et l'industrie croissent, la production non alimentaire aussi, et les prix des produits agricoles avec elles. La période de 1880 à 1914 fut pour le pays une sérieuse épreuve : le marché subissait la forte concurrence des producteurs américains et argentins. C'est alors qu'apparaît l'idée d'employer largement les engrais synthétiques, ce qui exigera l'essor de l'industrie chimique.
Dans les années 1840, la France recevait ses engrais principalement d'Angleterre : c'étaient des phosphates naturels importés du Chili et du Pérou, produits de la décomposition des déjections d'oiseaux. C'est à cette époque que le négociant Jean-Louis Dior (arrière-grand-père de Christian) se met à travailler avec les engrais dans la région de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Quelque temps après, il comprend que de tels engrais se fabriquent aussi en France et décide de se lancer dans leur production dans son Savigny-le-Vieux natal. Il se met à collecter les excréments dans la ville de Granville ; après traitement et fermentation, ils deviennent des engrais. L'activité offre un double profit : la vente du produit et l'accomplissement d'une fonction sanitaire.
Au XIXe siècle naît une conscience aiguë de l'importance des travaux d'assainissement dans les villes, puisque le lien est désormais établi entre les flambées de maladies telles que le choléra et les immondices urbaines. En 1861, Dior obtient de la mairie de Granville un contrat pour l'enlèvement des excréments, et l'entreprise devient, à la lettre, stratégique pour la ville.
La famille amasse très vite un capital considérable, et la production prospère. Face à la concurrence des fournisseurs étrangers, Dior décide de se moderniser : il construit une usine chimique. Le littoral, tous les ports deviennent sa chasse gardée. Il se met à fabriquer des engrais chimiques au cœur même des zones de consommation. Il mélange des phosphates naturels avec de l'acide sulfurique, obtenu comme sous-produit de la combustion de la pyrite de fer. L'engrais sec est ensaché et vendu dans tout le pays. En 1900, il couvrira 75 % du marché français.
L'entreprise de vente et de production d'engrais fondée par Dior en 1832 passera aux fils de Jean-Louis, à ses petits-fils, puis à ses arrière-petits-fils. Les frères de Christian moderniseront la production et se mettront à fabriquer de l'acide sulfurique, des superphosphates et des produits détergents. Hélas, après 1929, la société, qui procurait plus de 500 emplois, déclinera sensiblement. Mais les lessives Saint-Marc et les eaux de Javel Dior continueront d'être vendues jusqu'en 1988. À partir de cette date, les engrais seront produits par une filiale, qui fabriquera aussi des produits chimiques granulés. En 1996, l'activité se réduira au conditionnement et à l'emballage de produits, principalement pour l'agriculture. En 2007, cette usine fermera à son tour.
Il n'en reste pas moins que la famille Dior a apporté une contribution majeure au développement de la branche des engrais chimiques et, en définitive, à celui de l'agriculture française.