Le barbier hollandais Quirin soupçonné de sorcellerie à cause d'un squelette au mur
Adam Olearius, dans sa « Description détaillée du voyage de l'ambassade de Holstein en Moscovie et en Perse en 1633, 1636 et 1639 », relate l'épisode que voici :.
« ... un barbier nommé Quirin, Hollandais d'humeur joyeuse, au service du grand-prince, avait dans sa chambre un squelette, ou ossature humaine, suspendu au mur, au-dessus de sa table. Un jour, comme à son habitude, il était assis à table et jouait du luth ; or les streltsy, qui montaient toujours la garde dans la cour de l'Allemand, suivirent le son et jetèrent un regard par la porte. Lorsque ces gens aperçurent les ossements au mur, ils prirent peur, d'autant plus qu'ils virent le squelette remuer. Ils s'en allèrent donc déclarer que le barbier allemand avait au mur un cadavre qui bougeait chaque fois que le barbier jouait du luth. Ce bruit parvint au grand-prince et au patriarche, qui dépêchèrent d'autres hommes avec ordre de tout examiner attentivement, surtout pendant que le barbier jouerait du luth. Ces hommes non seulement confirmèrent le témoignage des premiers, mais ajoutèrent même que le mort dansait au mur au son du luth.
Les Russes en furent fort étonnés, tinrent conseil et décidèrent que le barbier était sans doute un sorcier, et qu'il faudrait par conséquent le brûler avec les restes de son mort. Quand Quirin apprit que l'on avait conclu en secret, et pour lui si dangereusement, il envoya un marchand allemand de marque, jouissant de la faveur des grands, auprès du prince Ivan Borissovitch Tcherkassky, afin de lui dire la vérité et d'empêcher un acte aussi cruel. Le marchand dit au boyard : “En aucun cas l'on ne saurait accuser le barbier de sorcellerie à cause d'un tel squelette. En Allemagne, il est d'usage que les meilleurs médecins et barbiers possèdent de pareilles ossatures ; c'est afin que, lorsqu'un homme vivant a une jambe brisée ou quelque autre partie du corps blessée, l'on sache plus aisément comment s'y prendre et comment soigner. Et si les os bougeaient, cela tenait non au jeu du luth, mais au vent qui soufflait par la fenêtre ouverte.” Sur quoi la sentence fut annulée. Cependant Quirin dut quitter le pays, et le squelette fut traîné de l'autre côté de la Moskova et brûlé. »