samedi, 3 octobre 2026

L'artiste Valeri Iourlov se souvient de la bousculade aux funérailles de Staline à Moscou

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L'artiste Valeri Iourlov se souvient de la bousculade aux funérailles de Staline à Moscou

Et puis, quand on a enterré Staline, je suis passé devant le cercueil. Il y avait une cohue épouvantable, et si je suis arrivé jusqu'au cercueil, c'est parce que j'ai marché sur les têtes. Au sens propre. J'étais avec un ami, un ancien militaire, qui connaissait très bien les lieux, puisqu'il habitait tout près. Le plus gros de la cohue allait du théâtre Stanislavski vers la Maison des syndicats. Nous, nous sommes sortis de la ruelle Stolechnikov. Il me dit : « Et si on passait par les têtes ? » Et nous voilà partis, littéralement sur les épaules, sur les têtes, en nous tenant aux murs. Les gens restaient plantés là, morts de peur, sans plus rien comprendre. Et ils étaient si serrés, tête contre tête, qu'il n'y avait d'ailleurs pas d'autre moyen de passer. Mais nous n'avons pas eu très loin à aller : trois immeubles, jusqu'au cordon où stationnaient les camions, et là, on laissait déjà passer tranquillement deux ou trois personnes à la fois. Et nous avons sauté à terre. Seulement, j'avais perdu mes chaussures. On était en mars, et j'étais en chaussettes, mouillées et glacées. J'ai trouvé des journaux, je m'en suis enveloppé les pieds. Mais c'est pieds nus que je suis passé devant Staline.

Nous y sommes allés parce que c'était intéressant à voir. Moscou était absolument vide : jusqu'à la place Rouge, personne, rien que des camions à l'arrêt. Et dans la ruelle s'était amassée une quantité de gens à peine croyable, incapables de bouger : on laissait passer lentement, et de nouveaux venus arrivaient sans cesse. J'ai appris ensuite que du côté du Jardin (Sadovoïe koltso) aussi, il y avait eu une cohue. J'y aurais été écrasé. Et si j'ai survécu, c'est uniquement grâce à mon ami, un homme solide, qui avait fait toute la guerre au front.

Souvenirs de l'artiste Valeri Iourlov dans un entretien au magazine Moskvitch Mag

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