Le 23 janvier 1874, le prince Alfred, duc d'Édimbourg, épousait à Saint-Pétersbourg la grande-duchesse Maria, fille du tsar Alexandre II
Ce mariage avait été précédé de pénibles négociations entre la reine Victoria et les Romanov.
C'est précisément ce mariage qu'évoque Léon Tolstoï dans son roman « Anna Karénine ».
« ..Vronski ..avait été attaché à un prince étranger venu à Saint-Pétersbourg et devait lui montrer les curiosités de la ville. Vronski ... avait l'habitude de traiter avec de tels personnages ; c'est pourquoi on l'avait attaché au prince. Mais sa charge lui parut très pesante. Le prince ne voulait rien omettre de ce dont on ne manquerait pas de l'interroger chez lui, à savoir s'il l'avait vu en Russie ; et il désirait aussi profiter autant que possible des plaisirs russes. Vronski était tenu de le guider dans l'un et l'autre. Le matin, ils allaient visiter les curiosités, le soir, ils prenaient part aux divertissements nationaux. ... Le prince avait beaucoup voyagé et ... voulait à présent goûter en Russie à tous les plaisirs spécifiquement russes.
Vronski, qui se tenait auprès de lui comme une sorte de grand maître des cérémonies, avait fort à faire pour répartir tous les plaisirs russes que diverses personnes proposaient au prince. Il y eut des trotteurs, et des blinis, et des chasses à l'ours, et des troïkas, et des Tsiganes, et des bombances avec vaisselle brisée à la russe. Et le prince s'assimila l'esprit russe avec une extrême facilité, fracassa des plateaux chargés de vaisselle, assit une Tsigane sur ses genoux et semblait demander : et quoi encore, ou bien est-ce seulement en cela que consiste tout l'esprit russe ?
Au fond, de tous les plaisirs russes, ce que le prince goûtait le plus, c'étaient les actrices françaises, la danseuse de ballet et le champagne au cachet blanc. »