samedi, 3 octobre 2026

La visite de Byron à l'éléphant Chunee en 1813 et la mise à mort de l'animal en 1826

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Le 14 novembre 1813, Byron rendit visite à Chunee, l'éléphant qui faisait alors la célébrité de Londres. Ce géant de sept tonnes était la vedette de la ménagerie d'Exeter Change, sur le Strand. L'éléphant ôtait leur chapeau aux visiteurs, prenait une pièce de monnaie et la rendait, ouvrait les portes. Byron était enchanté des talents de la bête et écrivit même qu'il se réjouirait de voir cet éléphant en majordome à son service.

Favori des Londoniens, Chunee réjouit le public pendant bien des années, jusqu'à ce qu'il tombe gravement malade en 1826 : une défense brisée et un mal de dents changèrent son caractère et le rendirent nerveux et agressif. Lors d'une de ses promenades, il écrasa son gardien. Et que croyez-vous qu'on décida ? De tuer l'éléphant.

L'animal ayant refusé d'avaler le poison qu'on lui offrait, le propriétaire de la ménagerie fit venir des soldats, tandis que le gardien trompait Chunee en lui demandant de s'agenouiller, afin de faciliter la tâche des tueurs. On tira sur Chunee cent cinquante coups de mousquet, sans parvenir à abattre le géant. Il fallut l'achever au harpon. Les journaux de l'époque rapportent que le sol de la ménagerie était inondé de sang et que les cris d'agonie de l'éléphant couvraient le bruit des détonations.

La fin atroce de Chunee bouleversa Londres. Mais, même mort, le pauvre animal ne fut pas laissé en paix : quiconque le souhaitait pouvait assister, moyennant finance, au spectacle du dépeçage de la carcasse par des étudiants en médecine.

Ce qui effraie le plus dans cette histoire, c'est l'idée que la société d'autrefois était sauvage et que de tels événements passaient pour la norme. Il n'en est rien. Les gens ordinaires, au XIXe siècle comme aux époques antérieures, s'opposaient invariablement à la violence et aux mauvais traitements infligés aux animaux. Seulement, la loi n'interdisait pas de tels actes, et il était pratiquement impossible de leur résister. Quant à la canaille, il suffit de lui lâcher la bride : l'impunité amollit terriblement et fait sortir des placards les vices les plus répugnants.

Le Londres victorien a laissé commettre le plus cruel des meurtres sur un ami de tous, qui avait offert de la joie à la ville pendant plus de quinze ans. Mais, d'un autre côté, il s'est trouvé des gens pour exprimer une indignation résolue devant le supplice infligé à la bête et, qui plus est, pour obtenir que, deux ans plus tard, la ménagerie soit démolie et que les animaux cessent d'être exhibés pour l'amusement du public au prix de tourments quotidiens. Et, chose stupéfiante, on trouve dans la presse de ces mêmes années la mention d'un autre éléphant que l'on empoisonna à l'acide cyanhydrique pour les besoins d'une expérience : savoir quelle quantité de substance il fallait pour le tuer.

Seigneur, que l'humanité est laide

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