vendredi, 2 octobre 2026 · Almaty

La femme de la photo est Mary Ann Bevan, née Webster; la quarantaine venue, on se mit à l'appeler la femme la plus laide du monde

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La femme de la photo est Mary Ann Bevan, née Webster; la quarantaine venue, on se mit à l'appeler la femme la plus laide du monde. Infirmière et mère de quatre enfants, Mary Ann fut atteinte d'acromégalie, maladie provoquée par un dérèglement de l'hypophyse et qui se manifeste par une croissance osseuse progressive et incontrôlable. Les maux de tête et les douleurs musculaires constants, la transformation rapide de son apparence la torturaient cruellement; les os s'allongeaient, les organes internes avec eux, et les médecins étaient impuissants. Elle perdit bientôt son emploi d'infirmière. Quelques années plus tard, son mari mourut, et la veuve dut faire vivre seule sa famille après 11 ans de mariage. Trouver du travail n'était pas chose aisée: nul ne voulait d'une employée au visage si déformé, et il ne restait que des besognes mal payées à domicile, qu'elle accomplissait elle aussi avec peine. Il n'y avait aucun secours à attendre: Mary elle-même venait d'une famille pauvre et nombreuse. Outre des douleurs atroces, il lui fallait endurer les railleries et les vexations sans fin de son entourage. Un jour, elle tomba sur l'annonce d'un concours doté d'un gros prix: un concours pour le titre de femme la plus laide du monde. Sans doute aucune femme ne souhaiterait qu'on parle ainsi d'elle, mais c'était la survie de la famille Bevan qui était en jeu. Elle se porta candidate et l'emporta. Ce fut une célébrité terrible: les journaux écrivaient à son sujet des choses affreusement grossières et humiliantes, et les mots «la plus laide du monde» ne manquaient jamais de paraître à côté de son nom. Mary Ann endura ce supplice pour ses enfants. Mais ce n'était pas tout: on l'invita aux États-Unis pour participer au spectacle des «phénomènes» de Coney Island. Elle se montrait au public en costume de cirque, et tout son travail consistait à supporter les moqueries. Elle devint vite le personnage le plus en vue de la troupe: chaque jour ouvré, elle paraissait devant des spectateurs qui riaient d'elle, l'humiliaient, lui lançaient des obscénités et des injures. Mary Ann fut invitée à l'Exposition universelle, et là encore elle ne refusa pas. Elle savait que sa vie ne serait pas longue, que la maladie était incurable et que sa santé déclinait de plus en plus: elle devait songer à la famille qui resterait sans elle. En 1933, les tourments de Mary Ann Bevan prirent fin; elle mourut à l'âge de 59 ans. Restée dans l'histoire comme la femme la plus laide du monde, elle aurait dû, en toute justice, être nommée la plus courageuse, la plus dévouée et la plus belle.

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