vendredi, 2 octobre 2026 · Almaty

La veuve voulait faire célébrer les obsèques d'Alexandre Sergueïevitch en la cathédrale Saint-Isaac, mais essuya un refus : le prêtre tenait le duel pour un suicide et ne voulut pas chanter l'office du poète

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La veuve voulait faire célébrer les obsèques d'Alexandre Sergueïevitch en la cathédrale Saint-Isaac, mais essuya un refus : le prêtre tenait le duel pour un suicide et ne voulut pas chanter l'office du poète. On lui ferma également les portes d'autres églises. Trop de gens estimaient que Pouchkine avait précisément quitté la vie en allant à ce duel. Et, de fait, dans quelque six mois, il n'aurait tout simplement plus eu de quoi vivre ni de quoi entretenir sa famille ; au bout, la misère, la honte, la faim, la prison pour dettes.

Trouver un lieu pour l'adieu prit deux jours. L'église des Écuries n'était pas le choix le plus évident : c'était une église de cour, où l'on n'officiait qu'avec l'autorisation suprême, laquelle, chose étonnante, fut obtenue. Nicolas Ier en décida personnellement ainsi ; la requête lui fut présentée par Benckendorff, à la demande de Stroganov, parent de Natalia Nikolaïevna. Il s'agissait naturellement d'un geste politique : les obsèques du grand poète russe prenaient ainsi en quelque sorte une dimension d'État.

Pendant trois jours, le cercueil de Pouchkine demeura dans son appartement : plus de TRENTE MILLE personnes vinrent lui dire adieu.

L'humeur de la société était sans équivoque : le deuil cristallisa autour de lui tous les esprits frondeurs, et l'on se mit à dire que d'infâmes étrangers avaient tué Pouchkine, d'abord en lui tirant dessus, puis en le soignant à mort. Des rumeurs coururent de manifestations de masse contre l'omniprésence des étrangers. On réunit sur la place des Écuries une troupe de 60 000 hommes. Après l'office, le cercueil fut transporté discrètement dans la crypte funéraire, un réduit où était remisé le char funèbre sur lequel on avait ramené de Taganrog le corps de l'empereur Alexandre Ier.

Conformément à son vœu de « ne pas être enterré dans le marais », l'inhumation n'eut pas lieu à Saint-Pétersbourg. Sans doute peu de dignitaires auraient-ils souhaité voir dans la capitale une tombe appelée à devenir un lieu de ralliement pour les opposants. A. S. avait lui-même acheté son emplacement au cimetière du monastère de Sviatye Gory, où il avait inhumé sa mère un an plus tôt. C'est là, près de Mikhaïlovskoïe, domaine hypothéqué et promis à la vente aux enchères, que le cortège et la dépouille parvinrent en quelque 19 heures, accélérés par la feuille de route délivrée par l'empereur.

Seuls deux proches accompagnaient le cercueil : le vieux Nikita, précepteur attaché dès l'enfance au petit Sacha Pouchkine, et son ami Alexandre Tourgueniev, qui avait obtenu de l'empereur, en échange de ce voyage, le droit de partir pour Paris. Quelques paysans et des connaissances du domaine vinrent à la tombe. On déposa le cercueil dans une petite fosse et on le saupoudra de neige ; on ne l'enterrerait pour de bon qu'au printemps.

Les dettes, se comptant par milliers de roubles, furent prises en charge par l'empereur, qui acquit ainsi, en fait, le droit de censurer les archives de Pouchkine.

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