L'unique voyage de Marc Chagall en URSS en 1973 et son exposition à la galerie Tretiakov
En 1973, Marc Chagall, âgé de 86 ans, visita pour la première fois l'Union soviétique. La visite fut négociée par la ministre de la Culture Ekaterina Fourtseva, à qui l'on avait présenté l'artiste à Paris. À la galerie Tretiakov fut inaugurée une exposition, modeste de l'avis des contemporains, de lithographies et de tableaux tirés des réserves de la galerie. Dans ces années-là, il écrivait avec chagrin que ses tableaux s'étaient dispersés dans tous les musées du monde, à l'exception de ceux de Russie. Le maître fit don au musée Pouchkine et à la galerie Tretiakov d'une centaine de feuilles de ses œuvres graphiques. Chagall parle de sa nostalgie de la patrie dans des lettres à de vieilles connaissances, dans ses essais, dans ses entretiens. Dans les années 1930, il écrivait à son maître Iouri Pen, puis à Pavel Ettinger, qu'il se considérait comme un artiste russe et en était fier, qu'il aimait tendrement son pays natal, et ainsi de suite. Hélas, ce fut l'unique voyage de Marc Chagall en Russie. L'année de son centenaire, sa veuve Valentina Brodskaïa ouvrira une exposition Chagall d'une tout autre ampleur, où viendront nombre de ses tableaux issus de sa collection personnelle, des musées et de collections privées. À la fin des années 1980, la revue « Théâtre » publiera des extraits du livre de Chagall « Ma vie », où il parle longuement et de façon poignante de sa Russie natale.
Une légende veut que Fourtseva ait demandé à Chagall pourquoi il avait quitté l'URSS, et qu'il ait répondu : les couleurs me manquaient. À la ministre qui objectait que les artistes soviétiques ne souffraient pas d'un manque de couleurs, Chagall aurait répliqué : ils se contentent du rouge, et de rien d'autre.