En 1949, Alexandre Alexandrovitch Fadeïev, alors secrétaire général et président du conseil de l'Union des écrivains, s'adressa à Staline pour proposer la fermeture des almanachs en yiddish et la dissolution des associations d'écrivains juifs
En 1949, Alexandre Alexandrovitch Fadeïev, alors secrétaire général et président du conseil de l'Union des écrivains, s'adressa à Staline pour proposer la fermeture des almanachs en yiddish et la dissolution des associations d'écrivains juifs. La lettre du Département de la propagande et de l'agitation du Comité central du Parti communiste (bolchevique) de l'URSS renvoie directement à l'avis de Fadeïev et contient de remarquables passages selon lesquels la seule tâche de la littérature juive dans sa forme actuelle serait de ne montrer que des Juifs. On y cite en exemple des personnages d'œuvres d'écrivains juifs tels que l'aviatrice Guelman, l'ingénieur Dymchitz, le chef d'orchestre Rakhline et le Héros du travail socialiste Baranbaum. Les auteurs de la dépêche ont aussi décelé des tendances nuisibles dans la nouvelle « Les enfants du grand-père » de l'écrivaine Stelmakh, consacrée à « la vieille intelligentsia juive » et à « la mise en évidence des survivances du passé dans la conscience et le comportement des personnages dépeints ». « La nouvelle laisse nettement apparaître des traits d'étroitesse d'esprit de bourgade (mestetchkovaïa) », s'y lit-il. Songez un peu à quelle ingéniosité atteint ce pamphlétisme ! Et que dire de l'écrivain Der Nister, qui osa nourrir d'affreuses pensées de nature sioniste en écrivant : « quelle chance qu'il soit déjà apparu en URSS de petits David, hardis, qui doivent s'armer toujours davantage de la fierté et de la dignité de David, de son amour pour son peuple… afin qu'aucun Goliath ne leur fasse plus jamais peur ». Pire encore, seule la déclaration du poète Velednitski, selon laquelle le mont Ararat lui est cher parce qu'il est mentionné dans la Bible. Vous le voyez vous-mêmes, je pense, quels arguments de poids animaient l'honorable camarade Fadeïev lorsqu'il demanda, au nom de l'Union des écrivains, la dissolution des associations d'écrivains juifs à Moscou, à Kyiv et à Minsk. Et Staline ? Il se contenta d'ordonner d'accepter la proposition du camarade Fadeïev. Je repense toujours à cette touchante histoire lorsque je passe devant le panneau consacré aux habitants émérites du district de Tverskoï, dans le square Sadovo-Trioumfalnaïa, où trône le portrait de Fadeïev. Il l'a bien mérité, apparemment