Machiavel sur Florence sous le pouvoir de Gautier de Brienne, duc d'Athènes
Ainsi vivaient les citoyens de Florence, voyant avec indignation s'écrouler la grandeur de leur État, se pervertir toutes les institutions, s'anéantir la légalité, se corrompre les mœurs, se fouler aux pieds toute bienséance. Ceux qui n'avaient jamais observé la pompe extérieure du pouvoir monarchique ne pouvaient, sans chagrin, voir le duc parcourir solennellement la ville, entouré d'une escorte à cheval et à pied. Et pour mieux sentir encore leur propre honte, ils étaient contraints de témoigner du respect à celui qu'ils haïssaient à mort. À cela s'ajoutait la crainte qu'inspiraient les exécutions fréquentes et les levées incessantes qui tourmentaient et ruinaient la cité. L'indignation et la peur des citoyens n'étaient que trop connues du duc, et lui-même avait peur, mais il n'en faisait pas moins semblant de se croire aimé de tous.
Machiavel à propos du duc d'Athènes Gauthier de Brienne, élu à l'automne 1342 protecteur à vie de la ville, mais chassé dès 1343