Dans « Kholstomer », Léon Tolstoï décrit de jeunes juments qui rappellent des coquettes
«Les poulains, les pouliches d'un an font déjà les grandes et les posées, ne gambadent que rarement et ne se mêlent guère aux joyeuses compagnies. Elles broutent l'herbe avec gravité, arquant leurs cous de cygne à crinière tondue, et, comme si elles avaient elles aussi une queue, agitent leurs petits balais. Comme les grandes, certaines se couchent, se roulent ou se grattent l'une l'autre. La compagnie la plus gaie se compose des deux-trois ans et des juments non saillies. Elles vont presque toutes ensemble, en une joyeuse bande de jeunes filles, à l'écart. On entend parmi elles des piétinements, des cris aigus, des hennissements, des ruades. Elles se rapprochent, posent la tête sur l'épaule de leurs voisines, se flairent, bondissent et parfois, après un ronflement, la queue dressée en panache, mi-trot, mi-petit galop, passent fièrement et coquettement devant leurs compagnes. La première beauté et l'instigatrice de toute cette jeunesse était une espiègle pouliche baie. Ce qu'elle entreprenait, les autres le faisaient aussi ; là où elle allait, toute la bande de belles la suivait. L'espiègle était ce matin-là d'humeur particulièrement folâtre. Un accès de gaieté l'avait prise, comme il prend aussi les gens. Déjà à l'abreuvoir, ayant joué un tour au vieux, elle avait couru le long de l'eau, fait mine de s'être effrayée de quelque chose, ronflé et filé à toutes jambes dans le champ, si bien que Vaska avait dû galoper derrière elle et derrière les autres qui s'étaient attachées à ses pas. Puis, après avoir un peu mangé, elle se mit à se rouler dans l'herbe, puis à taquiner les vieilles en passant devant elles, puis elle écarta un poulain de lait et se mit à lui courir après, comme pour le mordre. La mère prit peur et cessa de brouter, le petit criait d'une voix pitoyable, mais l'espiègle ne lui fit même aucun mal, elle ne fit que l'effrayer et offrir un spectacle à ses compagnes, qui regardaient ses facéties avec sympathie. Puis elle s'avisa de tourner la tête à un cheval rouan sur lequel un moujik passait, au loin, de l'autre côté de la rivière, à travers les seigles, avec sa charrue. Elle s'arrêta, leva fièrement la tête, un peu de côté, se secoua et hennit d'une voix douce, tendre et traînante. La malice, le sentiment et quelque tristesse s'exprimaient dans ce hennissement. Il y avait en lui le désir et la promesse de l'amour, et la tristesse qu'il inspire».
On dirait que dans «Kholstomer» Léon Tolstoï décrit non pas des chevaux gambadant dans un pré, mais des coquettes émérites venues se montrer à quelque réunion mondaine. Avouez-le, chères espiègles, vous reconnaissez-vous ? Qui n'aime pas taquiner les vieilles !