samedi, 3 octobre 2026

Le directeur du musée Ivan Bondar évacue l'or scythe de Kyiv en septembre 1941

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Poursuivant la série de notes consacrées aux exploits des savants, des muséographes et des travailleurs de la culture pendant la guerre, je raconterai aujourd'hui le sort de l'unique collection de joyaux historiques de la laure des Grottes de Kyiv.

Durant la deuxième semaine de septembre 1941, la ligne de front s'approcha tout près de Kyiv, et l'on entendait à tout propos des voix proposer d'abandonner la ville. L'évacuation précipitée était sur le point de s'achever, bien que l'ordre de faire sauter les ponts et de détruire les objets d'importance n'eût pas encore été donné.

Le Musée historique d'État, établi dans la laure, n'était pas à cette date entièrement évacué. Notamment, il y restait encore la collection de joyaux, comprenant des monnaies, de la vaisselle, des armes ornées de pierres précieuses et, surtout, le trésor majeur : l'or scythe.

Il est tout de même étonnant, bien sûr, que l'on ait commencé par sortir les manuscrits de Khmelnytsky, les ordonnances des hetmans ukrainiens et les objets issus de l'art des artisans serfs ! Une situation semblable se dessinait dans d'autres musées et archives de l'URSS, où l'on évacuait par exemple en priorité les lettres de Lénine et les manuscrits de Marx, et seulement ensuite les tableaux des maîtres flamands. Il se peut cependant que le désastre des trésors laissés sur place ait tenu uniquement au manque de temps.

Il fallait sortir l'or de Kyiv le plus vite possible, avant que la ville ne soit livrée à l'ennemi. Les unités militaires quittaient déjà la capitale ukrainienne, ce qui signifiait que, même contre les pillards et les voleurs, il n'y aurait en fait plus personne pour garder les fonds du musée.

Le directeur du musée, Ivan Vassiliévitch Bondar, prit la situation en main. L'or scythe du musée pesait 16 kilogrammes. Bondar le fourra dans un sac de pommes de terre et le porta littéralement sur son dos. Il guetta le moment où une cuisine roulante passait devant la laure et s'accrocha à la charrette, assurant ainsi une escorte à son précieux chargement. Le directeur se dirigeait vers la Banque d'État, qui pouvait l'aider à évacuer ces objets de grande valeur. Hélas, le train de la Banque d'État avait quitté Kyiv une semaine plus tôt. Bondar se mit à téléphoner aux autres institutions qui évacuaient leurs biens, mais toutes refusaient de prendre l'or sous leur responsabilité.

Fut-ce un coup de chance ou la protection des dieux des musées, toujours est-il qu'à Podil était amarrée une péniche affrétée pour les pièces des musées de l'Académie des sciences d'Ukraine, et Bondar parvint à convenir d'y placer ses propres chargements. Pour l'emballage et l'embarquement sur la péniche, Bondar fut aidé par de vieux employés du musée, qui n'avaient été ni mobilisés ni évacués. Une fois les cargaisons expédiées, Ivan Bondar partit pour le front. Le 19 septembre 1941, Kyiv fut prise par les fascistes.

La collection de joyaux du musée historique d'Ukraine était sauvée. Mais retrouver les fonds après la guerre se révéla moins simple qu'il n'y paraît : les musées qui avaient reçu les biens évacués ne trouvaient pas dans leurs réserves l'or livré de Kyiv en 1941. Finalement, les traces se retrouvèrent à Moscou, et elles menaient à l'Oural. Tcheliabinsk et Oufa avaient reçu la totalité des 47 caisses sorties du musée. Lorsque les pièces rentrèrent chez elles, leur seule réception prit 6 jours. Bientôt, on décida de constituer la collection d'or scythe en « Trésor d'or » (Zolotaïa kladovaïa), qui deviendra en 1967 le Musée des joyaux historiques.

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