Eric Pickersgill photographie des gens dont on a retiré le téléphone des mains
Un propos saisissant du photographe Eric Pickersgill : la série Removed (Soustrait)
Les hommes ont fusionné avec leurs appareils, vite et sans retour. Les appareils personnels furent d'abord des auxiliaires fort commodes : ils aidaient à résoudre les tâches quotidiennes, à rester plus aisément en contact avec les proches, à conserver et à transmettre l'information, à photographier et à se divertir. Les avantages de ces nouveautés techniques sont évidents, mais leurs conséquences sociales et physiques se font peu à peu jour, et paraissent parfois effrayantes. Tout comme la photographie a jadis transformé l'expérience vécue en expérience photographiable, les appareils mobiles personnels ont changé notre comportement : entrés dans la routine, ils sont devenus le prolongement indissociable du corps, comme soudés à la main.
Eric Pickersgill appelle le téléphone un membre fantôme, dont nous nous servons pour afficher notre occupation et notre inaccessibilité aux yeux des inconnus.
Les smartphones, sous l'effet de leur puissance addictive, favorisent le partage de l'attention entre ceux qui se trouvent physiquement à nos côtés et ceux qui n'y sont pas.
Pickersgill photographie des gens qui semblent tenir des appareils mobiles, alors que ces appareils ont été physiquement retirés de la main du modèle. On leur demande de garder le regard et la pose pendant que le photographe leur soustrait l'appareil, puis il prend le cliché. Ces photographies sont la reconstitution de scènes que l'auteur vit chaque jour.








