Il y a six mois, j'écrivais sur l'échauffement que l'on pratique au Louvre devant «La Bataille d'Arbèles»; or voici que le Louvre et quatre grands musées parisiens prendront part aux manifestations des Jeux olympiques
Il y a six mois, j'écrivais sur l'échauffement que l'on pratique au Louvre devant «La Bataille d'Arbèles»; or voici que le Louvre et quatre grands musées parisiens prendront part aux manifestations des Jeux olympiques. Le Louvre, Orsay, l'Orangerie et le Centre Pompidou tenteront de s'intégrer au programme des événements olympiques.
Le moins que les musées puissent proposer, ce sont des visites guidées à thématique sportive et l'ajout à l'exposition de pièces sur le même thème. À mon sens, on pourrait s'en tenir là.
Mais le sens de la mesure n'est pas le trait le plus recherché de notre temps. Chacun veut tout, et tout de suite, et en quantité, sans égard à la convenance.
Les hôtes des Jeux verront donc des figures de patinage devant la Victoire de Samothrace, des sauts de BMX dans les couloirs de la galerie d'Apollon (car il manquait assurément des bicyclettes à cet éminent ouvrage architectural de l'époque de Louis XIV), un spectacle de breakdance devant les chefs-d'œuvre de la peinture italienne, sans qu'on sache bien ce que tout cela vient faire là. Devant la pyramide de verre, on jouera au basket: ne vaudrait-il pas mieux, tout de même, aller encourager les jeunes sportifs dans quelque faubourg déshérité de Paris et leur y bâtir, par la même occasion, un beau terrain? Sur le site du Centre Pompidou surgira un skatepark. Les musées d'Orsay et de l'Orangerie auraient eux aussi fort bien pu s'associer à l'allégresse générale suscitée par les exploits du sport professionnel sans programme dansant, n'est-ce pas? Quant aux courses cyclistes et au marathon qui traverseront les Tuileries, c'est sans doute le moindre des maux.
J'ignore comment l'on est parvenu à persuader la directrice du Louvre, Laurence des Cars, de s'engager dans cette indigne sottise. Convenez qu'il existe d'autres moyens de jeter des ponts entre l'art et le sport, même si le but n'en apparaît pas très clairement: ces deux réalités existent fort bien chacune de leur côté. Il est peu probable que des combats singuliers dans les salles sacrées d'un musée, où, les jours ordinaires, le moindre geste superflu est interdit, amènent les amateurs de peinture du quattrocento vers les agrès, ou l'inverse.
Je n'approuve pas cette nouvelle. Déplorable pratique que celle qui ravale les institutions culturelles au rang de divertissements, tout en la faisant passer, avec une feinte habileté, pour une élévation du vulgaire consommateur jusqu'à la haute culture. Il ne manque plus que le concert de Beyoncé au Vatican.