Les provocations de Goltschmidt à Moscou et son portrait par Alexeï Tolstoï
Le poète futuriste Vladimir Goltschmidt hypnotise une poule, photographie prise au plus tard en 1923.
Goltschmidt fut en son temps un personnage assez célèbre, et sa renommée tenait avant tout à ses innombrables extravagances. Il donnait des conférences sur des sujets étranges, vantant tout aussi bien les bienfaits de l'endurcissement que les méfaits de l'abstinence. Parmi ses coups d'éclat les plus fameux : l'érection d'un monument à sa propre gloire devant le Bolchoï, des promenades presque nu dans Moscou, le manifeste « À bas la pudeur ! », des spectacles où il brisait des disques sur sa tête, redressait des fers à cheval et faisait étalage d'autres exploits de culturiste. Il était en outre copropriétaire du « Café des poètes » et fréquentait assidûment les principaux futuristes de l'époque. Il faisait salle comble et sillonnait le pays en tournée, surtout après qu'on l'eut expulsé de Moscou.
Dans « L'Art triomphant », Alexeï Tolstoï écrit de Goltschmidt : « C'étaient de jeunes gens voraces, dotés d'estomacs magnifiques et de mâchoires solides. L'un d'eux, le "maître de vie", pour prouver sa virilité, brisait publiquement des planches sur sa tête et, dans des proclamations spéciales, exhortait les jeunes filles à se défaire de leurs préjugés, leur offrant ses services. (Il y a un an [en 1918], je l'ai vu à Moscou : il portait une blouse de soie, des bracelets d'or, des boucles d'oreilles, et ses cheveux étaient saupoudrés de poudre d'argent. »