Quand on y pense, quel destin tragique !
Quand on y pense, quel destin tragique ! Marie de Modène a subi dix fausses couches, cinq de ses enfants sont morts en bas âge, et lorsque vint enfin au monde un enfant viable, on l'accusa d'avoir substitué un bébé en bonne santé à son véritable enfant, malade, chétif et, selon toute vraisemblance, du mauvais sexe.
Et tout cela parce que les filles aînées de son époux, le roi Jacques II, n'avaient aucun intérêt à reconnaître un héritier mâle et à priver leur propre descendance du droit de monter sur le trône.
Comment se propageaient les fake news au XVIIe siècle ? Quarante personnes avaient été invitées à l'accouchement de la reine Marie ! Selon la tradition, la foule contemplait la venue au monde des rejetons royaux afin d'attester la réalité de leur naissance. La pauvre Marie supplia même Jacques de lui couvrir le visage d'un chapeau pour se dérober aux regards de la cohue désœuvrée massée au pied de son lit.
Lorsqu'il devint clair que le garçon nouveau-né vivrait très probablement, sa demi-sœur Anne, âgée de 23 ans, prétendument absente du palais pour cause de maladie lors de l'accouchement royal, déclara que Jacques François Édouard était un enfant supposé. On ne le reconnaîtra jamais comme héritier. Anne, elle, deviendra reine et régnera jusqu'à la fin de ses jours.
Songez-y : quarante témoins de haut rang, des aristocrates qui avaient plongé leurs regards dans les entrailles de l'infortunée Marie de Modène et entendu ses douleurs, n'ont pu certifier la réalité de la naissance de son fils, parce que cela ne servait pas les intérêts des grandes forces politiques.
Mais, somme toute, c'est l'affreuse malédiction de bien des Stuarts et des Tudors, liée, me semble-t-il, à une maladie génétique qui se manifestait de façon fort caractéristique, par exemple, dans l'histoire matrimoniale d'Henri VIII (j'y ai consacré un billet très détaillé).