La grotte d'El Mirón, dans les montagnes cantabriques, fut tenue pendant cent ans pour peu prometteuse aux yeux de la science, et l'on y gardait des chèvres
La grotte d'El Mirón, dans les montagnes cantabriques, fut tenue pendant cent ans pour peu prometteuse aux yeux de la science, et l'on y gardait des chèvres. En 1996, Lawrence Straus et Manuel González Morales se mirent à fouiller ce lieu abandonné depuis 1903, et en trente ans ils tirèrent de cette seule grotte des trouvailles remontant jusqu'à quarante mille ans. On y a découvert des traces des derniers Néandertaliens et des habitants de l'âge du bronze, une gravure rupestre, de la sculpture sur os, le premier blé de la région, des ossements de moutons et du métal. La trouvaille capitale date de 2010 et fut due à la plus pure intuition : Straus décida de creuser derrière une dalle gravée, au fond du vestibule, et tomba sur la Dame rouge, squelette d'une femme d'âge mûr, inhumée il y a dix-neuf mille ans et recouverte d'ocre. L'analyse de son ADN a montré que les populations glaciaires d'Europe avaient eu le temps de se rencontrer et de se mêler avant de peupler le nord refroidi. Si bien que l'archive préhistorique complète de l'Ibérie a reposé cent ans sous le fumier de chèvre, parce que les gens avertis avaient prévu d'avance qu'il n'y avait rien à y chercher