D'un geste léger de la main, Donald Trump se mue en élégant Turkmenbachi, dont le visage ornait à la fois les billets de banque, les manuels scolaires et les documents d'État, et en l'honneur de qui l'on rebaptisa les mois du calendrier
Pour le 250e anniversaire des États-Unis, le Département d'État publiera une édition spéciale de passeports portant le visage et la signature de Trump à l'intérieur de la couverture, par-dessus le texte de la Déclaration d'indépendance. Jamais encore un président en exercice n'avait figuré dans les passeports américains. Le nom de Trump est déjà apparu sur le bâtiment du Kennedy Center, sa signature sur les billets de banque, et voici maintenant les passeports. Reste à retoucher la législation électorale, mais cela ne saurait tarder.
On répugne à comparer les facéties d'un vieux promoteur immobilier à ce qui se fit en 44 av. J.-C., quand Jules César fut le premier à Rome à placer son propre portrait sur les monnaies, avant que les empereurs romains n'en fassent la norme de la frappe. Viennent plutôt à l'esprit les dictateurs du XXe siècle, Hitler, Mussolini, Idi Amin, Saddam, Mobutu, Bokassa, les Assad, Kadhafi, qui apposaient sans façon leur visage sur les billets et les façades des édifices.
Or, selon les historiens des passeports de l'université de Georgetown, aucun pays au monde n'a jamais placé un chef d'État en exercice sur les pages d'un passeport. Seul Trump est allé jusqu'aux passeports. Les pages intérieures des passeports étaient jusqu'ici réservées aux seuls symboles nationaux, armoiries, scènes historiques ou citations, mais non au visage d'un dirigeant vivant et, pour l'instant du moins, remplaçable.