samedi, 3 octobre 2026

Billet séparé pour la salle de la Joconde au Louvre et critique de la gestion du musée

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Examinons donc attentivement la décision de la direction du Louvre d'instaurer un billet distinct, mais en fait supplémentaire, pour accéder à la salle de la « Joconde ». D'après mes impressions de visiteur, fondées sur cinq à sept visites au Louvre chaque année, je puis dire ce qui suit.

1. Sans aucun doute, ce que la directrice a qualifié de « bénédiction pour le musée » relève de la question financière : des millions de gens viennent au Louvre pour faire la queue devant la Joconde, la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace, se photographier avec elles et repartir. Le reste de la collection pâtit sérieusement de la popularité excessive des favorites de tous, ne serait-ce qu'à cause des attroupements permanents et de l'impossibilité d'examiner les œuvres en paix. Mais la Victoire, elle, est exposée seule, dans l'escalier, où quelques centaines de personnes ne font en somme qu'entraver la circulation vers les autres salles, sans empêcher d'approcher l'œuvre.

2. Le billet supplémentaire ne réduit en rien l'effet néfaste des pèlerins-photographes venus devant la Joconde, il ne fait que procurer un revenu additionnel au musée. Il est fort probable qu'une partie des fonds soit consacrée à l'aménagement d'un espace distinct pour la Joconde, mais la question n'est pas celle des sources de financement : c'est celle de la disposition à agir résolument.

3. L'argent ne manque pas au musée, même sans billets supplémentaires. Chaque centimètre du Carrousel du Louvre est commercialisé jusqu'à l'impossible, et cela au détriment des fonctions essentielles qui assurent l'activité muséale : des espaces d'accueil dignes de ce nom et de l'infrastructure nécessaire jusqu'aux zones de contrôle et de sécurité.

4. Le Louvre a besoin d'une sérieuse révision de son fonctionnement, non pas dans sa politique d'exposition, mais dans la qualité du travail de son personnel administratif et de ses services. Ce sont l'incompétence de la direction, et non le désir de millions de touristes de faire une photo pour Insta, qui menacent la dimension culturelle du lieu. Les visiteurs, de tout niveau intellectuel et culturel, sont l'une des raisons d'être des musées, lesquels se doivent de savoir assurer l'interaction de n'importe quel public, fût-il issu d'une tribu primitive, avec les collections. Ce n'est pas à des esthètes courroucés de chasser les sauvages armés de perches à selfie et de sacs à dos de combat, qui s'étalent sur les vitrines des joyaux de la Couronne et s'assoient sur les socles de la sculpture antique. Le musée doit être organisé de manière à l'éviter.

5. Interdisez aux Chinois, aux Américains et à qui que ce soit d'entrer dans les salles en doudoune et avec d'énormes sacs à dos, et pour commencer construisez un vrai vestiaire, et non une consigne de quelques centaines de casiers, alors que les billets se vendent par millions. Résultat : des gens en tenue de ski complète, presque avec leurs tentes, des délégations entières descendues des pentes de l'Everest, pauvres niais, foncent vers les chefs-d'œuvre. Des gourdes à parapluie, des énergumènes munis de tapis de pilates, des familles entières en équipement d'hiver complet, façon Napoléon dans la campagne de Russie. Et personne ne les arrête, personne ne leur propose de laisser leurs frusques et leurs « belongings » dans un local prévu à cet effet.

6. Ajoutez des surveillants et des gardiens. Pourquoi, à la galerie Tretiakov, chaque Verechtchaguine est-il gardé par deux babouchkas veillant à ce que l'on photographie sans flash ? Ici, en revanche, pour trois ou quatre immenses salles, un gardien autiste déambule d'un air nonchalant, sans aucune envie de prévenir quiconque d'enjamber le cordon. J'ai vu de mes yeux une famille saxonne bien en chair s'appuyer contre le cadre de la « Sainte Marguerite » de Raphaël Sanzio, ce à quoi le gardien a répondu, à deux kilomètres de là, par un simple petit signe de la main. Si la France a épuisé ses ressources de main-d'œuvre, nous pouvons, dans le cadre du programme « Longévité moscovite », envoyer un détachement. Installez de vraies alarmes pour que les indigènes ne portent pas les mains sur le Titien et sur Cariani : ce n'est pas si compliqué. Expulsez du musée ceux qui, au milieu d'une enfilade de salles, se déchaussent pour changer de chaussettes, mangent des hamburgers et boivent du soda. Ouvrez des entrées supplémentaires et placez partout un personnel en nombre suffisant.

6. Le musée peut accueillir tous les amateurs, aussi ignares et indécrottables soient-ils, pourvu que les employés soient en nombre voulu et prêts à travailler avec professionnalisme, comme cela se passe dans n'importe quel musée normal du monde doté d'une direction adéquate. Il manque d'expérience ? Qu'il visite l'Ermitage.

7. La gestion du Louvre, telle qu'elle est, ne répond ni aux attentes de la communauté mondiale à l'égard du musée, ni aux défis sérieux qui découlent de ces attentes.

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