samedi, 3 octobre 2026

Nadine Boulytcheva libère des esclaves lors de son bénéfice à Rio de Janeiro le 10 août 1886

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Nadine Boulytcheva libère des esclaves lors de son bénéfice à Rio de Janeiro le 10 août 1886

Le nom de Nadejda Vassilievna Boulytcheva (1858-1921), cantatrice d'opéra italienne d'origine russe, est à jamais inscrit en lettres d'or dans l'histoire mondiale de la lutte pour l'abolition de l'esclavage.

Le 10 août 1886, la prima donna russe Nadine Boulytcheva chantait le rôle de l'esclave éthiopienne Aïda dans l'opéra éponyme de Giuseppe Verdi, sur la scène du théâtre de Rio de Janeiro, devant une salle comble où se trouvaient l'empereur du Brésil et sa famille, l'aristocratie, les hommes politiques et les diplomates. C'était le dernier concert d'une saison éblouissante, la soirée à bénéfice de la cantatrice russe, consacrée à son succès incomparable sur les scènes d'Amérique du Sud.

Boulytcheva entra en scène au milieu des ovations finales et les interrompit, en s'excusant auprès du public de le détourner de la musique pour laquelle il était venu, puis prononça un vibrant discours contre l'esclavage et fit signe à l'orchestre. La musique retentit, et des esclaves apparurent des coulisses. Nadine s'approchait de chacune d'elles, l'embrassait, la serrait dans ses bras et lui remettait les documents attestant son affranchissement.

Dans la salle, les gens bondissaient de leurs sièges, applaudissaient sans fin, sanglotaient, criaient, jetaient des fleurs sur la scène et apportaient bijoux, diadèmes de brillants et souvenirs.

Avant même le début de ses représentations, Nadejda Boulytcheva avait posé aux organisateurs une condition : ses cachets serviraient à acheter des esclaves. Elle avait aussi demandé que l'on fît savoir à ses admirateurs qu'elle préférerait de l'argent à des cadeaux de prix. Les bijoux qu'on lui offrait après les représentations, elle demandait également qu'on les vendît. Avec toute la somme ainsi réunie, on acheta des esclaves pour Boulytcheva, et tous reçurent la liberté le jour où s'achevait sa tournée au Brésil.

Les journaux de tout le pays célébraient la noblesse angélique de la cantatrice russe, la générosité de son cœur : « Lorsqu'elle serrait les esclaves dans ses bras, nous avons vu qu'elle était notre sœur, une âme apparentée, compatissante et frémissante. Ce n'est pas une chanteuse russe, c'est la statue de la Fraternité elle-même, montrant que tous les peuples n'ont qu'un seul malheur et qu'une seule grandeur. ... Les étendues sans bornes de la patrie de Nadine Boulytcheva lui ont appris que seule la liberté est grande. ... c'est dans la solidarité du malheur que les âmes s'unissent pour l'éternité. »

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