dimanche, 4 octobre 2026

Lioudmila Petrouchevskaïa sur son enfance à la Deuxième Maison des Soviets et la famille Veger

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« Je suis une vieille Moscovite et, depuis ma naissance, j'ai vécu au Métropole. Dans la Deuxième Maison des Soviets. Là où logeaient les membres du Komintern en fuite, échappés à l'arrestation dans leur propre pays, déjà fusillés ou purgeant leur peine au GOULAG à l'époque de ma venue au monde. Aujourd'hui on dirait : des « agents d'influence étrangère ». Des profondeurs des geôles staliniennes refait surface le petit mot « agent ». « Agent des services de renseignement étrangers », à la stalinienne. Les agents de la Loubianka ne sont pas bien loin des temps de la Terreur. Et pourquoi inventer du neuf ?

Mon arrière-grand-père, Ilia Veger, a été poussé sous un camion beaucoup plus tard, en 1947 (dix ans s'étaient écoulés depuis 1937, quand son fils et sa fille avaient reçu la sentence « dix ans sans droit de correspondance », et mon grand-père allait à la Loubianka demander où étaient ses enfants).
La fenêtre de mon Deda (nous vivions chez lui, ma mère et moi, depuis qu'elle m'avait ramenée de Kouïbychev à l'âge de neuf ans, sans que nous ayons nulle part où aller) donnait sur l'ancienne muraille de Kitaï-gorod. Avec la terminaison atone. Comme Zvenigorod. Ou comme prigorod et zagorod.

Que m'est-il resté de l'enfance au Métropole ? La muraille de Kitaï-gorod, je l'ai vue aujourd'hui. Nous passions devant. Et la façon triomphante, à la soviétique, dont les annonceurs du métro prononcent : KitaïgOrod. Quelle horreur. Comme « nous étions à la campagne » dit avec la mauvaise accentuation : za gOrodom.

Écrit par Lioudmila Petrouchevskaïa

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