À propos de la mode des phénomènes culturels étrangers au Japon, on ne saurait passer sous silence le sentiment tout particulier que les Japonais nourrissent pour le roman de Léon Tolstoï, « Résurrection »
L'écrivain japonais Shimamura Hōgetsu monta « Résurrection » au Théâtre d'art de Tokyo en 1914. La même année fut tourné un court métrage, « Katioucha ».
La popularité de la pièce se mesure ne serait-ce qu'à ceci : bientôt, le pays entier chantait la « Katyusha no Uta » (Katioucha, chère Katioucha, qu'il est triste de se quitter…). L'enregistrement s'écoula à des dizaines de milliers d'exemplaires et passe aujourd'hui pour le premier exemple de tube de la pop japonaise.
L'image de Katioucha Maslova conquit les cœurs des Japonais ; sur scène, elle fut incarnée par Matsui Sumako (1886-1919). On parlait de Katioucha partout, du plus humble ouvrier au plus raffiné des représentants du grand monde.
Plusieurs coiffures féminines, associées par les Japonaises à l'image de Katioucha, entrèrent aussitôt dans la mode : la raie droite, que l'on se mit à appeler « Katioucha », et les rubans dans les cheveux que portait l'actrice Matsui-san sur scène, eux aussi très en vogue et eux aussi baptisés « Katioucha ». Le nom de Katioucha fut donné aux épingles à cheveux et aux peignes. Aujourd'hui encore, au Japon, le mot katyusha désigne tout serre-tête ou ruban pour les cheveux.
La chanson de Katioucha est toujours connue des amateurs de culture populaire, et elle a même sa propre Journée de la chanson « Katioucha », célébrée le 26 mars.