La pièce « Tous les enfants de Dieu ont des ailes » d’O’Neill et la persécution de son auteur
Il existe une pièce d'Eugene O'Neill, « Tous les enfants de Dieu ont des ailes », sur l'amitié d'un petit garçon noir et d'une petite fille blanche qui partagent leurs rêves. Ella dit qu'elle voudrait être noire, comme Jim, tandis que Jim mange de la craie en cachette, rêvant de devenir blanc. Avec les années, leur lien se relâche, et à un moment donné ils se retrouvent de part et d'autre d'un mur infranchissable d'hostilité raciale. Ella et Jim ne se tiennent plus par la main ; il lui semble qu'ils n'ont pas tant de choses en commun pour continuer à se fréquenter. Jim devient juriste diplômé, Ella une ivrogne abandonnée, et de surcroît une raciste. Lorsqu'elle se retrouve tout à fait seule, rejetée de tous et oubliée, Jim reparaît : il épouse son amour d'enfance, espérant qu'Ella se radoucira et comprendra. Mais Ella supporte avec peine la parenté de couleur et vit, le cœur serré, auprès de cet homme à la peau de la mauvaise couleur, qui se trouve être le seul être au monde à l'aimer. À la fin, elle perd tout à fait la raison. La pièce s'achève sur un jeu des héros, comme dans l'enfance. Ella demande à Jim d'être son petit garçon, et il consent à jouer avec elle jusqu'aux portes mêmes du royaume des cieux.
Lorsque O'Neill décida de monter cette pièce, il fut en butte à une persécution des plus féroces, venue de toutes parts. Les uns s'indignaient qu'un Noir soit joué par un Noir et non par un Blanc grimé ; d'autres, que des enfants puissent voir une amitié entre les races, sans parler de l'accusation portée contre l'auteur de faire la propagande des mariages interraciaux, alors interdits dans 30 États ; certains s'offusquaient qu'un homme noir embrasse une femme blanche sur scène, d'autres que l'actrice ait consenti à jouer avec un Noir, d'autres encore qu'un Noir parvenu épouse une Blanche, bien inférieure à lui par son rang.
