Il existe deux points de vue sur l'origine de la syphilis : soit les marins de Colomb l'auraient rapportée du Nouveau Monde, soit les Européens connaissaient ce mal depuis l'Antiquité
Chacune des versions trouve ses preuves : la première épidémie de syphilis est bel et bien apparue après l'expédition américaine ; en même temps, des maladies semblables à la syphilis sont décrites chez Aulus Cornelius Celsus, chez Clavdius Galien et chez Avicenne, sans compter la découverte d'ossements néolithiques atteints.
Quoi qu'il en soit, on soignait ces maux analogues depuis l'Antiquité, et jusqu'au XXe siècle, à l'onguent mercuriel. Henri VIII comme François Ier y eurent recours. Seule différence : avec le temps, les médecins apprirent à mieux ajuster la posologie et la teneur en mercure.
Tout cela est fort intéressant, certes : qui a été malade, quand et comment. Mais le plus savoureux, c'est de savoir pourquoi, dans leur lutte contre le mal honteux, les médecins du Moyen Âge jetèrent leur dévolu précisément sur le mercure. L'explication était purement alchimique : la maladie est de nature vénérienne et procède de Vénus ; à Vénus s'oppose Uranus, et Uranus, c'est le mercure.
À mon sens, voilà un excellent exemple du fait que la vérification d'une théorie ne la rend pas nécessairement vraie. On peut partir de prémisses absolument fausses et pourtant parvenir à la solution juste !