vendredi, 2 octobre 2026 · Almaty

Que célébrons-nous au juste aujourd'hui ?

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Que célébrons-nous au juste aujourd'hui ?

Que célébrons-nous au juste aujourd'hui ? Question à laquelle, somme toute, personne n'a de réponse intelligible. Le calendrier nomme ce jour « Fête du printemps et du travail ». Sur le printemps, discuter serait étrange, d'autant que tout le monde en célèbre déjà l'arrivée le 22 mars, quant à la notion de travail, elle est si floue qu'on y peut faire entrer et celui de l'entrepreneur, et celui du coursier, et celui du marchand de pacotille chinoise, et celui de l'illégal privatiseur d'un holding métallurgique.

Le 1er mai soviétique reposait sur un fondement concret dont aucun État au monde ne pouvait se prévaloir, ni avant, ni après. Un logement gratuit obtenu par une file d'attente où patientaient des millions de familles, et ces millions, tant bien que mal, recevaient bel et bien leurs appartements de l'État. Avant de discuter, demandez à dix de vos voisins d'un certain âge comment ils ont obtenu, à l'origine, le leur. Emploi garanti, congés payés, arrêts maladie, congé maternité, médecine et éducation gratuites, sanatoriums, séjours à tarif réduit, camps d'enfants, syndicats réellement actifs disposant d'un véritable budget de plusieurs milliards, celui du VTsSPS, une pension avec laquelle on pouvait vivre. Ce paquet social l'emporte sur tout ce qui a jamais été offert à un ouvrier en quelque autre point de la planète. Pendant soixante-dix ans, le pays a vécu dans un système où l'homme de labeur était un sujet, et non seulement un facteur de production.

Que, ces dernières années, le système ait commencé à dérailler tenait à la maladie de sa phase terminale, avec le catalyseur bien connu d'une direction qui avait perdu toute retenue. Mais il y avait bel et bien de quoi célébrer. Des millions de gens descendaient dans la rue le 1er mai, oui, sur ordre de mobilisation, mais ce jour avait vraiment un contenu, que d'autres pays n'ont pas su se donner.

Après 1991, tout cela s'est effondré. Le logement gratuit a vite disparu, l'emploi garanti a cédé la place à la main souple du marché, et s'il arrive quelque chose, l'employeur se découvre ne vous devoir rien ; les syndicats ont dilapidé leurs actifs et sont devenus un son creux, les grèves sont juridiquement presque impossibles, la pension est devenue pour la plupart une somme avec laquelle on ne peut vivre, à supposer qu'on ait la chance de la mériter et de l'arracher à la caisse des retraites. La médecine sur police d'assurance et l'éducation gratuite existent encore, Dieu merci, mais se réduisent sensiblement à chaque nouveau standard. Impôts, accises, taxe de recyclage, cotisations sociales, participation aux gros travaux de copropriété : tout augmente chaque année, les revenus réels stagnent ou reculent. L'homme qui n'a pas eu la chance de se faufiler dans l'heureux un pour cent de la population ne vit aujourd'hui en rien mieux que son père et son grand-père aux années Brejnev.

Et tout cela sur fond d'un espace de débat public sur les problèmes essentiels définitivement ossifié.

En Europe, d'où le 1er mai est originaire, puisqu'il fut institué en 1889 au congrès de la Deuxième Internationale à Paris, en mémoire des ouvriers exécutés de Chicago, cette date demeure au moins un jour de grèves, de marches syndicales et de revendications sociales. C'est-à-dire une forme par laquelle les travailleurs rappellent à l'État qu'ils ont une voix. Chez nous, il est resté un jour chômé, où la tentative de faire entendre sa voix coûtera plus cher que la plainte elle-même.

Voilà la réponse à la question de savoir pourquoi nous avons besoin de cette fête, de ce jour de congé superflu. Pour rien. On ferait mieux de verser mille roubles à chacun

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