Avez-vous lu « Les Cosaques » ?
Avez-vous lu « Les Cosaques » ? Le prince Olénine, désenchanté de la vie et en pleine déroute morale, part tout droit pour l'armée en campagne, dans l'espoir de se distraire en changeant de décor et de lieux. Il veut croire que la proximité de la nature et du milieu naturellement populaire l'aidera à renaître après l'incendie de ses déceptions. Le prince s'installe parmi les Cosaques, se lie avec l'oncle Erochka, vieux chasseur aguerri, et s'éprend de la Cosaque Marianka. Mais la paix tant attendue et l'élan de l'âme ne viennent pas. Le prince reste un étranger pour le simple peuple, comme pour ses inférieurs en grade ; la stanitsa ne l'accepte pas, et la Cosaque qu'il aime en choisit un autre.
On considère que Léon Tolstoï a décrit dans cette nouvelle son propre état d'esprit du début des années 1850, lorsqu'il obtint d'être affecté au Caucase, là même où servait son frère aîné Nicolas.
Pendant son service au Caucase, Tolstoï travaille à la nouvelle « Enfance » et écrit des récits sur le quotidien de la guerre, « L'Incursion » et « L'Abattage du bois ». En 1852, il se met à « Adolescence ». En 1854, il demande à être transféré à Sébastopol et participe héroïquement à la défense du quatrième bastion. « … j'ai demandé la Crimée davantage par patriotisme, qui, je l'avoue, s'était alors fortement emparé de moi », écrit-il à son frère. Pour son courage et son intrépidité, Tolstoï est décoré de l'ordre de Sainte-Anne et de deux médailles « Pour la défense de Sébastopol ».
Pendant la guerre, Léon Tolstoï prend part à la création du « Messager du soldat », ou « Feuille militaire », revue que la censure ne laissera jamais paraître ; il rédige des rapports et prépare des projets « de réorganisation de l'armée ». Mais le sommet de sa réflexion sur l'expérience militaire, ce sont pour lui les « Récits de Sébastopol », parole nouvelle dans la peinture de bataille russe. Il y décrit les visages effroyables de la guerre : les tourments des blessés et les horreurs des hôpitaux, le monde intérieur du soldat face à la mort, la transformation de la psychologie des hommes à la guerre.
Illustration : Léon Tolstoï, sous-lieutenant. Auteur inconnu, 1854