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# Les vêtements d'Oustina brûlés dans le poêle du roman « Laurus » de Vodolazkine et les croyances populaires
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- Published: 2026-10-29T13:02:45.000Z
- Updated: 2026-10-29T13:20:24.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Livres, Observations, Ethnographie

Dans le roman «Laurus» d'Evgueni Vodolazkine, on rencontre une scène où la jeune Oustina, venue d'une contrée ravagée par la peste, se retrouve dans l'isba du héros, Arseni, qui lui donne de l'eau pour «se laver». Et voici ce qui se passe ensuite :

> Près du poêle gisaient les haillons d'Oustina, et leur proximité avec le feu décida de tout. Sans dire un mot, Arseni les jeta dans le poêle. C'était un geste naturel, et il le fit. Mais il y avait là aussi un signe d'irrévocabilité. Comme dans un conte qu'il avait entendu de Christophe

Vous aussi, bien sûr, la première chose que vous feriez, ayant invité chez vous une femme, selon toute vraisemblance pestiférée, serait de brûler ses vêtements dans le poêle même où l'on prépare la nourriture ? Quoi de plus raisonnable et de plus naturel !

Voilà donc ce qu'est un écrivain de génie.

Le problème n'est même pas que, dans la tradition russe, le poêle n'était pas un simple foyer, mais le centre de la maison, et que son usage s'accompagnait d'un ensemble d'interdits : ne pas cracher dans le feu, ne pas y jeter d'ordures ni rien d'impur, ne pas proférer de grossièretés près du poêle, ne pas s'asseoir sur le poêle pendant la cuisson du pain, et ainsi de suite. De ce point de vue, le geste d'Arseni contredit l'éthique populaire, que Vodolazkine peut du reste ignorer, d'autant qu'il qualifie son livre de «roman non historique».

Mais où est le bon sens ? Le poêle est l'endroit le plus pur et le plus important de l'isba, et pour comprendre qu'on n'y jette pas des chiffons sales, a fortiori pestiférés, là où l'on cuit le pain, nul besoin de connaissances spéciales : il suffit d'avoir des notions ordinaires de propreté domestique et un soupçon de bon sens.

Quant à l'absence d'historicité, certes, contre la peste on prenait des mesures aussi habituelles que la destruction par le feu des objets imprégnés de contagion, mais on les brûlait hors de l'habitation : dans la cour, dans les champs, à la barrière du village, à moins qu'il ne fallût brûler toute la ferme avec ses biens. Mais ici, l'auteur a décidé de passer outre toutes les facettes de la logique, pourvu qu'il puisse rattacher son récit à un sujet de conte bien reconnaissable, celui où Ivan-tsarévitch brûle dans le poêle la peau de grenouille afin que sa femme conserve à jamais son apparence humaine. Mais pas de chance. Pas de chance.