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# Des clichés, pour l'essentiel rares, de très peu de prêtres ayant choisi de porter la longue mante pourpre ou écarlate, selon leur rang, qu'on appelle cappa magna, s'accompagnent de commentaires ironiques, pour ne pas dire railleurs, et…
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- Published: 2020-11-27T10:32:34.000Z
- Updated: 2026-10-01T06:04:10.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Foi, Observations, Rome

Il ne faut pas croire que seul le cardinal Burke, ultratraditionaliste, porte cet atour archaïque, même si les remarques qui le visent à ce sujet sont fort caractéristiques de la manière dont on perçoit, en général, le long manteau cardinalice. « Burke porte ce manteau pour faire enrager tout le monde », « Imaginez ce que deviendra l'Église s'il devient Pape », « Mieux vaudrait donner aux pauvres ce que coûte cet accoutrement » ; des arguments plus mesurés posent la question de savoir si certains prélats s'écartent de l'héritage du concile Vatican II (1969), en tirant la cappa magna de l'oubli.

Bref, à l'heure des comités d'éthique virtuels, chacun de nous a vu un sujet quelconque, tel que cet exotique et rare vêtement d'apparat, devenir l'objet d'une filature et d'une chasse minutieuses de la part d'infatigables limiers armés de tous les moyens d'observation, de la longue-vue au fusil photographique, pourvu qu'ils trouvent matière à indignations bilieuses.

Pour commencer, je voudrais préciser que la mante dite « grand manteau » n'est pas un vêtement liturgique, mais, au fond, une riche cappa horalis, destinée aux processions solennelles et à la présence au chœur, non à l'autel, c'est-à-dire à l'assistance à l'office, non à la célébration de la liturgie. On peut décrire la cappa magna comme une cappa parva dotée d'une traîne invraisemblablement longue, que l'on doit impérativement soutenir par-derrière. On l'appelle aussi pluvial, du mot « pluie », à cause de l'aspect de l'étoffe de soie dont elle est faite, qui évoque l'ondoiement de l'eau et des flots qui ruissellent. La cappa magna est pourvue d'un grand capuchon doublé de soie ou d'hermine selon la saison, qui recouvre le dos, les épaules et la poitrine ; ce capuchon ne se met que pendant la pénitence.

Lorsqu'on qualifie de trop luxueuse la mante pourpre ou écarlate d'un évêque conservateur, il convient de se souvenir que jusqu'au 30 novembre 1952, le manteau à la traîne de sept mètres pouvait en mesurer quinze, sans que cela troublât grand monde. En 1969, en revanche, on priva la cappa magna de son hermine, on la classa comme non obligatoire, et dans les limites de Rome on la déclara tout simplement indésirable. Mais en 2007, Benoît XVI publia la lettre apostolique Summorum Pontificum, qui levait de nombreuses restrictions proclamées par Jean XXIII au Vatican II, rétablissant de fait l'antique tradition liturgique et, du même coup, la possibilité de porter sans reproche la cappa magna. Sinon, quoi encore ? Demain, quelqu'un proposerait de renoncer au latin ?

Si l'on me demandait mon avis, je demanderais qu'on rende la riche chaise à porteurs papale, la Sedia Gestatoria, soulevée sur les épaules de 12 hommes ; les flabelles, ces immenses éventails ronds et étoilés en plumes de paon auprès du trône du Pape ; et bien sûr la triple tiare, qui purge une longue peine dans le trésor pontifical. Oui, c'est bien préférable aux vêtements liturgiques cousus dans des sacs de pommes de terre, et oui, le retour du pluvial ne signifie pas nécessairement la marche triomphale d'un cléricalisme archaïque.

Interpréter le somptueux et fastueux manteau, que l'on peut étirer jusqu'aux frontières du Vatican, comme une allusion aux drames en costumes du genre Borgia trahit la superficialité et l'incompréhension, non seulement des associations ecclésiales les plus élémentaires (« le rouge et le sang des martyrs »), mais aussi de la symbolique des vêtements liturgiques en général, tout comme du profond symbolisme et de la pérennité de toute la tradition liturgique.

La grande cappa, comme bien des éléments de la magnifique liturgie catholique, n'est pas une tradition à demi oubliée, mais un moyen de communication non verbale de l'Église avec ses fidèles, qui n'a pas à être moderne ni actuel, mais doit transmettre les valeurs inscrites dans tel signe et tel geste. Peut-on vraiment rabaisser l'importance du symbolisme, non seulement liturgique mais théologique, qui se tient derrière chaque élément de l'héritage de sens de l'Église, y compris la cappa magna ?