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# Au Kazakhstan, on rétablit la population du tigre disparu au début du XXe siècle
- URL: https://theparnassian.com/fr/v-kazakhstane-vosstanavlivaiut-populiatsiiu-ischeznuvshego-v-nachale-xx-veka-tigra/
- Published: 2026-08-09T15:48:41.000Z
- Updated: 2026-10-01T05:47:16.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Observations, Science, Société, Nature

J'ai déjà [raconté en détail](https://theparnassian.com/komanda-okhotnikov-5-go-turkestanskogo-lineinogo-batalona-v-sostave-piatnadtsati-nizhnikh-chinov-s-tigrami-ubitymi-v-okrestnostiakh-reki-amudari/?ref=theparnassian.com) comment le dernier tigre de Turan de la Grande Steppe fut abattu par des chasseurs au siècle dernier. En 2025, j'écrivais qu'il faudrait encore attendre longtemps avant de voir de vrais tigres lâchés dans la nature kazakhe, et voilà que c'est chose faite. Nos chers fonctionnaires ne nous ont pas déçus ! Le cœur s'en réjouit !

Je suis heureux de vous annoncer qu'au début du mois d'août, la tigresse de l'Amour Ümit a été relâchée dans la réserve d'Ili-Balkhach. Du point de vue de la science moderne, le tigre de l'Amour et le tigre de Turan ne font qu'une seule et même sous-espèce. En raison de l'éloignement géographique de leurs habitats, on les a longtemps tenus pour des sous-espèces distinctes, mais une étude génétique approfondie des restes muséaux du tigre de Turan a établi que la population ancestrale, venue des territoires de la Chine, s'est scindée il y a environ dix mille ans. Une partie des tigres a gagné l'Asie centrale, l'autre s'en est allée vers l'Extrême-Orient. Qui plus est, on a désormais coutume de réunir en une seule sous-espèce continentale d'autres tigres que l'on distinguait naguère, le tigre du Bengale par exemple, rangé avec les mêmes.

C'est précisément cette proche parenté génétique qui inspire confiance dans le succès de la réintroduction.

Ümit est le premier tigre à entrer dans la nature kazakhe depuis plus de soixante-dix ans. Le travail qui y a conduit a commencé en 2017, lorsque le Kazakhstan et le WWF ont signé un mémorandum sur le retour du tigre dans le delta de l'Ili et dans le sud du bassin du Balkhach. Un an plus tard, la réserve elle-même fut créée pour ce programme, sur plus de 415 000 hectares.

Ce ne sont pas les prédateurs qu'on a amenés les premiers dans la réserve, mais les animaux situés plus bas dans la chaîne alimentaire. En 2019, cinq cerfs de Boukhara, ou cerfs des tougaïs, en provenance du parc naturel régional de Syr-Daria–Turkestan y furent lâchés. En 2020, on en ajouta quatorze adultes et un faon, puis, en juillet 2021, soixante et un d'un coup. La densité totale d'ongulés à partir de laquelle un territoire est jugé prêt à accueillir le tigre doit atteindre vingt-cinq à trente individus pour mille hectares. Outre le cerf, la base alimentaire comprend le sanglier et le chevreuil, ainsi que, en complément, le kulan, la saïga et la gazelle à goitre.

On a commencé à faire venir des tigres au Kazakhstan en septembre 2024 : deux d'entre eux sont alors arrivés des Pays-Bas, du centre d'accueil des fauves du zoo Landgoed Hoenderdaell. En mai 2026, quatre autres tigres de l'Amour ont été acheminés depuis la Russie, deux adultes et deux jeunes. Sur ces six, seule Ümit a pour l'instant gagné la liberté. Le mâle adulte subit des tests comportementaux, et la décision de le relâcher n'a pas encore été prise. Les deux petits restent en enclos jusqu'à l'âge de dix-huit mois.

À l'époque des promesses bureaucratiques creuses, de la tromperie constante de la part de ceux qui tiennent le pouvoir et des châteaux en Espagne bâtis aux frais du contribuable, un pas concret aussi considérable vers la restauration de la diversité naturelle paraît tout simplement miraculeux. Merci à tous ceux qui y ont pris part, à tous ceux qui se sont engagés dans l'entreprise !

Parallèlement, une seconde plateforme est à l'œuvre au Kazakhstan, dans la steppe du Tourgaï. Le centre de réintroduction, sur le territoire de la réserve d'Altyn Dala, dans la région de Kostanaï, a été commencé en 2012, et depuis 2017 on y rétablit la population du kulan, mammifère sauvage asiatique relique de la famille des équidés. Les neuf premiers kulans ont été transférés du parc national d'Altyn-Emel. La sous-espèce kazakhe du kulan a disparu dans les années trente, c'est pourquoi l'on utilise la sous-espèce turkmène. Un nouveau groupe a été relâché en septembre 2025\. Les animaux ont passé un an sur cinquante-six hectares, après quoi les portes ont simplement été ouvertes et on les a laissés partir par petits groupes.

Le cheval de Przewalski y est lui aussi revenu. En juin 2025, huit animaux ont été acheminés par avions militaires, quatre du zoo de Prague et quatre du parc national hongrois de Hortobágy. En mai 2026, cinq d'entre eux ont été rendus à la liberté. Le zoo de Prague n'en est pas à son coup d'essai : les chevaux avaient déjà été ramenés en Mongolie selon le même schéma.