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# Le boulet de canon de la fontaine de la Villa Médicis et deux légendes sur Christine de Suède
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- Published: 2019-05-22T17:09:13.000Z
- Updated: 2026-10-02T18:53:11.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Architecture, Monarchies, Mœurs, Rome, Humour

[​​](https://telegra.ph/file/5c45d9d3f42b4ec79929c.jpg?ref=theparnassian.com)À l'entrée du bâtiment principal de la villa Médicis, qui abrite aujourd'hui l'académie française des arts, se dresse une fontaine de taille imposante. Le bassin circulaire fut acquis par le cardinal Ferdinand de Médicis, qui l'acheta en 1587 pour 200 écus au monastère de San Salvatore in Lauro. Ce qui attire l'attention, c'est la conception de la fontaine elle-même : l'eau jaillit d'une sphère qui ressemble à un boulet de canon. À vrai dire, c'en est bien un. Sur la manière dont un projectile d'artillerie s'est retrouvé à la porte d'une demeure aristocratique, il existe plusieurs légendes, l'une moins véridique que l'autre. Toutes deux, du reste, sont liées au nom de l'excentrique reine Christine de Suède. Nous sommes en 1655.

Première légende, la palpitante. Christine de Suède s'en va courir l'Europe à pied, en habit d'homme, passe soudain du protestantisme au catholicisme, abdique la couronne et s'installe à Rome. Cette femme étonnante devient d'emblée un personnage considérable de la vie romaine, et pas seulement spirituelle, mais aussi politique. Et voilà qu'un beau jour elle ordonne de tirer trois coups depuis le château Saint-Ange en direction de la villa Médicis, afin de réveiller l'intendant, qui devait l'accompagner à la chasse. Et en effet, trois impacts sur les portes massives semblent confirmer cette version. L'un des boulets aurait ensuite été installé comme centre de la fameuse fontaine.

Seconde légende, la naïve. Christine de Suède avait promis au peintre Charles Errard de frapper à sa porte chaque jour à heure fixe ; or un jour, ne pouvant arriver à temps au seuil du peintre depuis le château Saint-Ange, il lui fallut recourir au canon pour ne pas manquer à ce vœu assez singulier. Contre cette version, un petit malentendu : l'académie de France ne fut fondée qu'en 1666, et siégeait alors en un tout autre lieu, à Sant'Onofrio ; elle ne s'installa à la villa Médicis qu'en 1803.

Quelque obscure que soit l'origine de ce boulet de canon, la possibilité même de tirer au canon sur la villa Médicis depuis l'autre bout de la ville n'étonne guère personne, d'autant que l'histoire met en scène une personnalité aussi alternativement populaire que Christine de Suède, connue pour les meurtres de courtisans, ses tentatives de s'emparer de la Poméranie et sa soudaine nomination au trône de reine de Pologne.