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# « Qu'un sang impur abreuve nos sillons » : faut-il le faire chanter aux enfants ?
- URL: https://theparnassian.com/fr/pust-krov-nechistaia-napolnit-nashi-rvy-propitaet-nashi-polia-nivy-i-sady-vmig-zalet/
- Published: 2020-08-27T09:30:15.000Z
- Updated: 2026-10-01T06:04:36.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Éducation, Société, Paris

Il y a quelques années, un débat public s'est enflammé en France autour des paroles du symbole national de la République, la Marseillaise. Les enfants doivent-ils entendre et chanter, dès le plus jeune âge, des paroles qui font l'apologie de la cruauté, et sous une forme aussi crue ?

Cette discussion révèle, bien sûr, tout le charme du rapport des Français à leur histoire : un rapport ému, sérieux et, dans le même temps, critique. En février 2019, le Parlement a voté un projet de loi sur l'école qui comportait précisément un amendement sur la Marseillaise : les paroles de l'hymne devaient obligatoirement être présentées dans toutes les classes, à commencer par le premier degré, c'est-à-dire, de fait, dès la maternelle.

Il faut dire que bien des ministres de l'Éducation ont buté sur la pierre d'achoppement de la Marseillaise, surtout lorsqu'il s'agissait des plus petites classes. Un sang impur qui abreuve la terre : voilà une formule assez rude, n'est-ce pas, même pour une oreille adulte ?

Les adversaires de la Marseillaise chantée par les bambins de maternelle et les élèves de CP font valoir, non sans raison, que ces appels sanguinaires s'accordent mal avec les valeurs humanistes censées être placées au fondement du système éducatif de la République. De l'autre côté, on entend des questions du genre : faut-il donc avoir peur des mots ? devons-nous bannir la cruauté de notre histoire ?

Parmi la multitude d'arguments, certains sont assez mesurés : à quoi bon afficher les paroles de l'hymne dans des établissements préscolaires, où se trouvent des enfants qui ne savent pas encore lire ? D'autres objectent que l'école n'inculque déjà pas assez l'amour de la patrie, et qu'on pourrait montrer non seulement les pages lumineuses et agréables à l'œil du passé. Et si l'on peut expliquer la cruauté du refrain aux élèves des classes supérieures, en leur parlant non seulement des valeurs de la République mais aussi du contexte historique, la question des tout-petits reste bel et bien ouverte, n'est-ce pas ? Voudriez-vous que votre enfant braille quelque chose comme « qui s'en prendra à notre liberté, s'en prendra, ne trouvera en ce monde qu'une place au fond de la tombe » ? Et ce ne sont là que des fleurs comparées à la soif de sang du refrain de la Marseillaise, qui renvoie, soit dit en passant, aux événements de 1792.

Si, pour nos ancêtres, l'idée de verser le sang de l'ennemi n'avait rien de bien alarmant, cela signifie-t-il que nous devions la prendre avec la même sérénité ? Et nous n'avons pas encore abordé l'interprétation de la notion même de « sang impur », qui, dans nos réalités, pourrait prendre une tout autre résonance…