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# Valeri Tichkov sur le titre de Père de la Patrie conféré à Pierre le Grand en 1721
- URL: https://theparnassian.com/fr/primechatelen-v-etom-otnoshenii-akt-1721-g-pozhalovavshii-petru-i-titul-imperatora-vseia-rusi/
- Published: 2021-11-04T09:54:17.000Z
- Updated: 2026-10-02T18:53:40.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Livres, Monarchies, Société, Personnalités

« …Il est à cet égard remarquable que l'acte de 1721 ait conféré à Pierre Ier le titre d'empereur de toutes les Russies. Les membres du Sénat et du Saint-Synode priaient le souverain de prendre le titre de « Père de la Patrie », car il avait beaucoup fait pour elle durant son « règne », lorsque l'État de tous les Russes et le peuple russe étaient devenus forts et respectés. Le terme même d'« otetchestvo » \[patrie\] représentait une nouveauté qui aurait fort bien pu ne pas s'imposer dans la langue politique russe. Mais ce terme est resté comme l'équivalent de la notion de patrie, dont est issu, et même venu dans la langue russe, le mot patriotisme, privé toutefois de sa racine d'origine, « patria ». La place de la patria fut prise par le mot « otetchestvo », tandis que « otetchestvisme » n'a pas pris et que « patriotisme » s'est imposé. Le titre de « Père de la Patrie », équivalent du latin pater patriae, établissait un nouveau sens du rôle du tsar comme père spirituel de son troupeau.

Comme l'écrit Greenfeld, « au sens du discours, c'était, sinon encore la conscience de tous ceux que l'on incitait à employer ce mot, du moins une avancée, sous la conduite de Pierre, vers l'idée de nation. Ce changement de vocabulaire était très significatif, et les nouveaux concepts devaient pénétrer lentement dans l'esprit d'individus à qui l'on avait jusque-là sans cesse rappelé qu'ils étaient les esclaves méprisables de quelqu'un ».

Et elle poursuit à propos de Pierre : « Bien que Pierre eût connaissance de l'existence de polities qui étaient des nations, et qu'il eût même l'expérience directe de se trouver parmi elles, il ne concevait pas la Russie comme une nation. Il ne faisait aucune différence entre lui-même et son État. Et cela parce que l'État était pour lui le prolongement de sa propre personne. N'étant pas lui-même nationaliste, il s'efforça de rendre nationalistes ses sujets, mais seulement dans la mesure où cela accroîtrait l'efficacité et le dévouement de ceux qui le servaient. Peut-être faute de l'enthousiasme et de la détermination qu'exigeait cette tâche, son succès fut assez modeste. Il y avait en effet quelque chose de pathétique dans le décalage entre l'insistance de Pierre pour que ses sujets servent l'État, dont ils devaient être des citoyens libres et donc dévoués, et sa ferme conviction qu'ils ne devaient servir que lui, leur père miséricordieux, souverain suprême, tsar et protecteur. Bien que Pierre Ier n'ait pas donné à ses sujets le sentiment de la dignité personnelle (élément fondamental du nationalisme civique), il leur donna la fierté d'être les sujets d'un souverain si puissant et si illustre, et d'être les membres, fût-ce comme serfs, d'un empire immense et puissant ».

Le titre complet du souverain russe comprenait simultanément les notions d'« empereur » et de « tsar », car Pierre était tsar (khan) pour les « terres tatares », c'est-à-dire les khanats de Kazan et d'Astrakhan ».

Extrait du livre de Valéri Tichkov, « Le Peuple russe. Histoire et sens de la conscience nationale »