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# Il n'existe aucune alternance volontaire du pouvoir
- URL: https://theparnassian.com/fr/nikakoi-dobrovolnoi-smeniaemosti-vlasti-ne-sushchestvuet/
- Published: 2024-12-02T14:56:57.000Z
- Updated: 2026-10-01T05:53:52.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Musées, Observations, Société

Les directeurs de musées, de chaînes de télévision, les rédacteurs en chef de revues, de radios et de journaux, les présidents d'académies, les recteurs d'universités, les patrons de studios de cinéma et de théâtres changent, somme toute, très rarement. VOUS vous rappellerez sans peine tous ces noms. Dans les institutions de premier plan, la direction ne se renouvelle le plus souvent ni en quelques années ni même en une décennie, et il arrive que l'on apprenne la mort de tel directeur qui occupait son fauteuil depuis 40 ans : avec une pilule de longévité, peut-être y serait-il resté 100 ans ?

Et cela, semble-t-il, ne suscite pas de large débat public. Pourquoi un seul homme, fût-il le plus talentueux et le plus éminent, ce qui n'est généralement pas le cas, pourrait-il et devrait-il occuper un poste de direction dix, vingt ou trente ans ? Du reste, la tradition qui veut que les directeurs partent à la retraite à un âge très avancé existe à peu près partout dans le monde. Et dans ces conditions, l'inamovibilité du pouvoir ne devient ni objet de querelles, ni prétexte à démarches d'éclat, ni cause de mécontentement de masse.

Chaque directorat sans fin s'explique par l'importance de l'apport personnel, le haut professionnalisme, des compétences uniques, la réputation, l'efficacité, etc. Avec un peu de bonne volonté, on peut en somme tout expliquer en termes parfaitement raisonnables. Je n'ai jamais lu la nouvelle qu'un tel avait, pendant plus de vingt ans, été un dirigeant médiocre et, comme par un fait exprès, refusait obstinément de céder sa place à un successeur.

Et naturellement, nous comprenons tous que presque personne ne reprochera au dirigeant perpétuel de quelque université de premier rang, de quelque théâtre pour la jeunesse de province ou de quelque brillante galerie son propre refus de partir. Au contraire, évoquant son long règne, on soulignera l'abnégation d'un homme qui a consacré tant d'années de sa vie à une cause si noble. Tout cela est vrai. Et il est bien clair, en effet, que diriger exige beaucoup d'énergie et d'immenses efforts, qu'il y entre de la tension, des responsabilités, des dépenses émotionnelles et physiques, et le reste. Un labeur héroïque. Mais, encore une fois, accompli exclusivement à la demande tacite de la société, du milieu professionnel, de l'institution ou de l'art. Jamais par le désir personnel de diriger, de gouverner, de régner sans fin. Ou, à défaut de sans fin, encore un peu, puis encore un tout petit peu.

Mais c'est quand il s'agit de ces plus grandes entreprises et institutions du monde. Tandis que lorsqu'on en vient à la direction des États, c'est, on ne sait pourquoi, une tout autre opinion qui prévaut : moins longtemps, mieux c'est, comme si le directeur de théâtre, en deux cent cinquante saisons, n'était pas encore parvenu à accomplir l'objectif de son passage à la tête de la maison et ne pouvait la quitter sous peine d'effondrement total, alors que le président et le Premier ministre, eux, doivent venir à bout d'un simple État en cinq à huit ans, pas davantage. Intéressant, n'est-ce pas ?