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# Le conflit entre Tourgueniev et Katkov et l'interdiction d'une séance à sa mémoire
- URL: https://theparnassian.com/fr/neskolko-slov-o-kheiterakh/
- Published: 2019-03-29T14:49:04.000Z
- Updated: 2026-10-02T18:58:17.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Dans la presse, Livres, Observations, Société, Personnalités

Quelques mots sur les haters.

Tourguéniev eut de nombreux ennemis de son vivant, par exemple Katkov, du « Messager russe », avec qui la brouille commença lorsque Ivan Sergueïevitch cessa de publier dans sa revue. Voici comment les choses s'étaient passées : le rédacteur s'était cru en droit de corriger « Pères et Fils » à sa guise, jusqu'à rayer du texte des pages entières.

J'ignore quelle autre réaction Katkov pouvait escompter, mais, tout en menant une inimitié déclarée contre Tourguéniev, il lui tendit, on ne sait pourquoi, sa coupe lors du dîner solennel donné pour l'inauguration du monument à Pouchkine. Tourguéniev ne leva pas la sienne en réponse, se contentant d'incliner la tête et de se détourner ; quand Katkov la lui tendit une seconde fois (!!??), Tourguéniev dut recourir à un geste plus éloquent : couvrir sa coupe de la main. Il aurait pourtant pu lui casser la figure et, en homme d'une témérité sans bornes, laisser une impression ineffaçable sur le visage de son ennemi.

Mais Ivan Sergueïevitch se tenait au-dessus des algarades et des empoignades publiques, à la différence de Katkov, qui répondit à l'écrivain on ne peut plus à propos, aussitôt après sa mort, en imprimant en guise de nécrologie la lettre d'un certain émigré nommé Lavrov, lequel racontait comment Tourguéniev avait financé pendant trois ans, à raison de 500 francs, une revue d'obédience révolutionnaire à Londres.

Katkov ne fut du reste pas le seul adversaire posthume du littérateur. Avec le « Messager russe », les « Nouvelles de Moscou » et « Le Citoyen » organisèrent eux aussi un boycott.

Ce qui stupéfia le public, c'est que l'une des principales sociétés littéraires de Russie, la Société des amis de la littérature russe auprès de l'Université de Moscou, garda le silence sur la mort de Tourguéniev. Mais l'affaire n'était pas aussi simple : la société avait l'intention de tenir une séance publique à la mémoire de cet éminent contemporain, et un avis avait même paru dans la presse. Léon Tolstoï en personne devait y prendre la parole, et ce fut fatal à l'événement commémoratif. Là encore, la bassesse et la pusillanimité humaines jouèrent leur rôle. Feoktistov, chef de la Direction générale des affaires de la presse, courut dénoncer l'affaire au ministre de l'Instruction publique, le comte Dmitri Andreïevitch Tolstoï, qui donna le signal au gouverneur général de Moscou, et la séance fut promptement supprimée. Tout cela parce que Feoktistov tenait Lev Nikolaïevitch pour un fou, capable de tout.

Les temps passent, mais les mœurs, somme toute, ne changent pas.