> ## Content Index
> Fetch the complete content index at: https://theparnassian.com/fr/llms.txt
> Use this file to discover other available public pages before exploring further.

# Le ministère de la Justice britannique s'apprête à numériser les documents historiques de ses archives
- URL: https://theparnassian.com/fr/miniust-anglii-sobiraetsia-otsifrovat-istoricheskie-dokumenty-iz-svoikh-arkhivov/
- Published: 2023-12-18T08:03:12.000Z
- Updated: 2026-10-01T05:57:12.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Archives, Livres, Londres, Observations, Patrimoine, Société

Le ministère de la Justice britannique s'apprête à numériser les documents historiques de ses archives. Il s'agit des testaments des deux cents dernières années au minimum. On estime que ce sera un précieux appui pour les historiens et les généalogistes, qui obtiendront ainsi accès à ces pièces.

D'où vient cette initiative ? Faut-il vraiment se réjouir de ce bienfait ? Je ne le ferais pas. Je m'explique.

Selon la loi anglaise de 1858, les testaments et tout un ensemble de documents connexes doivent être conservés à perpétuité.

Le programme de numérisation s'inscrit dans un programme plus vaste d'amélioration du système de conservation. Le ministère conserve actuellement 110 millions de documents, pour un coût de 4,5 millions de livres par an.

Les fonctionnaires veulent faire des économies. Par exemple pour acheter des voitures plus coûteuses, du matériel, bâtir de somptueux bureaux et embaucher davantage d'assistants : que ne saurait faire de quatre millions un comptable comme il faut ?

Oui, les documents seront numérisés. Mais après cela, nul ne voudra plus dépenser un sou pour les conserver. Les fonds seront détruits. À de rares exceptions près : les testaments de personnalités éminentes et titrées. Je n'invente rien, cela figure dans la déclaration du ministère.

Quant aux copies numériques, si quelqu'un croit à ce point à leur immuabilité, à leur incombustibilité et à leur universalité, qu'il se numérise donc lui-même, à tout hasard.

Chez Dickens, le testament est au cœur de l'intrigue de *La Maison d'Âpre-Vent* : les héritiers de Jarndyce languissent des années durant dans les lenteurs qui entourent sa dernière volonté. Nous y découvrons l'incroyable multitude de papiers et de pièces servant à établir ou à réfuter des droits sur un patrimoine. Les démêlés inouïs autour des testaments et autres actes notariés, nous les retrouvons aussi dans *David Copperfield*. Dickens présente la bureaucratie anglaise comme l'un des aspects terribles de l'existence, tout en ramenant le lecteur à cette idée que le document papier est souvent l'unique source de justice et un témoin irrécusable, et il érige en vertu la pédanterie et l'art de le conserver.

Il est bien regrettable que les historiens, les archivistes et les bibliothécaires du monde entier se consacrent avec un tel enthousiasme à des projets aussi éthiquement douteux, sans en voir les conséquences prochaines et inéluctables.