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# Équipe de chasseurs du 5e bataillon de ligne du Turkestan, composée de quinze hommes du rang, posant avec des tigres abattus aux environs de l'Amou-Daria
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- Published: 2025-11-30T17:30:01.000Z
- Updated: 2026-10-01T05:49:46.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Almaty, Archives, Orient, Géographie, Nature

Le tigre de Touran, dont l'aire s'étendait du Caucase au nord-ouest de la Chine et qui s'était approprié de vastes territoires le long de la rive méridionale de la Caspienne, de l'Aral, des fleuves d'Asie centrale et des massifs montagneux, a définitivement disparu au milieu du XXe siècle. Des individus isolés furent signalés çà et là, à raison d'un par décennie, en 1904, 1917, 1924, 1933, 1948, 1954, 1968 et 1971\. Après 1971, personne n'a plus jamais entendu parler du plus grand prédateur de la région, ce qui signifie très probablement l'extinction complète de l'espèce.

Semionov-Tian-Chanski écrivait qu'en 1856 un tigre avait failli égorger son guide sur la route du lac Issyk-Koul, dans ce qui est aujourd'hui la région d'Almaty. L'homme s'en tira par miracle, en se défendant.

À en croire les descriptions, le tigre de Touran avait un pelage d'un roux vif, rayé de longues bandes brun foncé, et, l'hiver, une fourrure fort épaisse au ventre et aux favoris.

Dans les « Esquisses de la contrée de Transili et du pays de la Tchou », parues en 1861, il est dit des tigres d'Asie centrale :

> C'est ici le véritable royaume des sangliers, et même des tigres. En général, le tigre est connu dans toute l'Asie centrale, dans les lieux steppiques, surtout, il est vrai, dans les roseaux et les bosquets riverains. Dans la contrée de Transili, on le trouve dans les montagnes. On abat des tigres jusque près de Verny, et j'ai réussi à en rapporter de là à Omsk la peau d'un jeune spécimen. En 1860, lorsque j'allai voir la cascade de l'Issyk, un tigre fit son apparition dans la vallée montagneuse de cette rivière, inspirant à mes compagnons, les cosaques, de grandes craintes pour leurs chevaux, que nous devions laisser au pied de la cascade. Il semble toutefois que ces bêtes féroces soient moins nombreuses au-delà de l'Ili que sur le Syr-Daria, près du fort Perovski. Vers l'intérieur de la steppe, au nord, le tigre s'étend jusqu'à Kopal, c'est-à-dire jusqu'au 45e degré de latitude, et même au-delà ; mais ce sont là, apparemment, des individus égarés. À l'est de l'Asie, en Mandchourie, les grands félins se rencontrent bien plus au nord, jusqu'aux 49e et même 50e parallèles. Vu l'abondance de nourriture dans les forêts de là-bas, ils y sont aussi de plus belle taille.

Bien sûr, le tigre, qui vivait ici dans des conditions assez libres, représentait un grave danger pour les hommes et le bétail, et à mesure que la population croissait et que l'activité économique gagnait ses territoires, ses chances ne cessaient de diminuer, bien que le peintre Vassili Verechtchaguine note dans ses « Feuillets de carnet » que le tigre est dangereux plutôt pour les chasseurs que pour les colons paisiblement occupés à leurs travaux :

> Au Turkestan… le tigre sait discerner les intentions de l'homme, il distingue celui qu'il rencontre par hasard ou qui s'en va chasser l'oiseau de celui qui a des visées sur sa peau ; les premiers, même armés d'un fusil, il ne les touchera pas, tandis que sur les seconds il se jette parfois sans provocation, de son terrible bond irrésistible.

Il n'en reste pas moins que, dès la fin du XIXe siècle, les journaux rapportent de plus en plus souvent des attaques de tigres contre des hommes. Je ne pense pas qu'elles aient été aussi nombreuses que les attaques contre le bétail, et c'est ce dernier point qui motivait les battues contre le fauve. Des dizaines, voire des centaines d'hommes armés y prenaient part. Dans de telles conditions, le tigre, qui peuplait les environs de villes comme Tachkent, Verny, Kzyl-Orda et bien d'autres, devint très vite une espèce rare, et, avec le labour intensif et le brûlis de son habitat et des zones où vivaient ses proies, il fut conduit au bord de l'extinction.

Et à moins que, par un miracle, quelques tigres ne se soient conservés quelque part dans des massifs montagneux impénétrables et inhabités, il ne reste qu'à espérer qu'un jour un véritable programme de réintroduction d'une espèce apparentée verra le jour dans la nature. Quelque chose de semblable fut lancé dans la réserve d'Ili-Balkhach en 2017, mais d'ici à ce que les tigres soient relâchés en liberté, il coulera encore beaucoup d'eau sous les ponts.