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# Léonid Andreïev, dans « Deux lettres », sur le rêve d’enfant des jamki et les désirs comblés trop tard
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- Published: 2026-11-05T08:50:40.000Z
- Updated: 2026-11-05T09:10:23.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: L'Âge d'or, Livres, Mœurs

> Quand j'étais un garçon de sept ou huit ans, j'aimais jusqu'à la passion les pains d'épices à la menthe, bon marché, que l'on vendait dans notre rue perdue, dans une minuscule échoppe ; on les appelait, je ne sais trop pourquoi, des « jamki », et pour une kopeck on en donnait deux. Et je ne sais pas pourquoi je n'ai jamais eu assez de kopecks pour m'en rassasier : mes parents n'étaient pas pauvres à cette époque et je ne manquais de rien d'autre, mais pour les jamki il me manquait  
> toujours quelque chose. Bien sûr, c'était une petite folie, une manie d'enfant. Mais  
> je me souviens de mes rêves de jamki et de ma noire envie envers ceux qui en mangeaient ; je me souviens de leur  
> goût et de leur aspect extraordinaires, de cette mince croûte de chaux qui se brisait  
> doucement sous les doigts, je me souviens de mon tourment à l'idée d'un million de jamki, d'une montagne entière de pains d'épices ! J'en ai probablement mangé beaucoup, mais j'en voulais encore plus, toujours plus ;  
> et jusqu'à ce jour, après bien des dizaines d'années, ma faim est restée inassouvie. Comprenez-vous cela ? Je peux acheter ce million de jamki, et parfois, il est vrai, j'en achète une livre ou deux, et c'est la domestique qui les mange : ceux-là, je n'en ai que faire, ils me sont étrangers, et leur goût ne m'est pas familier. C'est venu, mais trop tard. Tout vient trop tard

Léonid Andréïev. « Deux lettres »