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# Christine de Pizan a écrit «Le Livre de la Cité des dames» en 1405 comme allégorie d'une cité de femmes
- URL: https://theparnassian.com/fr/kniga-kristiny-pizanskoi-1364-1430-o-grade-zhenskom-1405-nachinaetsia-s-rasskaza-o-tom-kak-pisatelnitsa-stydilas-togo-chto-ona-zhenshchina-ved-zhenshchiny-delaiut-zhizn-muzhchin-takoi-n/
- Published: 2021-03-08T11:02:06.000Z
- Updated: 2026-10-02T19:08:53.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Foi, Livres, Société, Personnalités

[Le livre](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/7b/The%5FBook%5Fof%5Fthe%5FCity%5Fof%5FLadies%5FWDL4391.pdf?ref=theparnassian.com) de Christine de Pizan (1364-1430), « [La Cité des Dames](https://theparnassian.com/illiustratsiia-iz-knigi-o-grade-zhenskom-odnoi-iz-pervykh-srednevekovykh-pisatelnits-kristiny-pizanskoi-nachalo-xv-veka/?ref=theparnassian.com) » (1405), s'ouvre sur le récit de la honte qu'éprouvait l'autrice d'être une femme, puisque les femmes rendent la vie des hommes si insupportable. Christine avoue son désespoir : elle se sentait debout au bord d'un abîme, entre l'expérience de sa propre féminité et les textes méprisants d'auteurs masculins qu'elle tenait pour des autorités, au point de se mettre elle-même à croire les femmes coupables de toutes les horreurs dont parlent tant de gens.

Mais à cet instant lui apparaissent trois figures allégoriques, Dame Raison, Dame Droiture et Dame Justice, couronnées et d'allure majestueuse, qui lui disent la vérité, lui enseignent à accepter sa féminité et l'histoire ; et elle, incarnation de l'humilité et de la douceur, tombe à leurs pieds, baisant la terre sur laquelle elles se tiennent. Chacune des trois Dames propose son aide pour bâtir la Cité des Dames.

Raison, un miroir de la connaissance à la main, explique pourquoi les hommes calomnient les femmes et l'aide, à coups de la bêche de l'entendement, à creuser une vaste excavation, en emportant des paniers de terre et de pierres noires et tordues : les préjugés selon lesquels les femmes seraient vraiment aussi mauvaises que l'écrivent les autres auteurs. La cité commence par de profondes fondations et le solide ciment de la Raison ; de beaux blocs de pierre bien réguliers figurent les femmes illustres du passé, de Sémiramis et Tomyris à Frédégonde, Bérénice et Zénobie ; la liste, où figurent aussi d'honorables épouses, des vierges et des saintes, compte des souveraines, des artistes, des savantes, des guerrières, des inventrices et des prophétesses.

Droiture, une règle à la main, aide à élever, à l'intérieur de remparts hauts et solides, des édifices symbolisant les vertus ; de sa règle elle mesure le juste et l'injuste, le bien et le mal, punit le mal et montre au bien la voie droite.

Justice rend à chacun selon ses mérites avec sa coupe et aide à achever la construction des édifices, puis à les recouvrir d'or.

Au final, on y invitera des femmes dignes, qui formeront une communauté vertueuse, et la cité peuplée ouvrira ses portes à la Vierge Marie, accompagnée de saintes, de justes et de martyres, qui recevront les clés de la ville. La cité ainsi obtenue rappelle la Cité de Dieu décrite par saint Augustin.

Tout en bâtissant cette cité, l'intellectuelle médiévale s'instruit elle-même et partage son enseignement avec ses lecteurs : il est beaucoup plus raisonnable et plus juste de considérer les femmes non comme des créatures insensées et mauvaises, mais comme une part importante de la société ; elle se demande si les femmes doivent recevoir la même instruction que les hommes et pourquoi cette idée déplaît tant à ces derniers, aborde les thèmes de l'iniquité de la violence, de l'aptitude des femmes à apprendre et à gouverner la société, et parle des femmes comme d'un groupe doté des mêmes qualités et des mêmes défauts que les hommes.

Le livre fut une véritable révélation et répondit effectivement à bien des auteurs qui avaient écrit sur les femmes avant lui ; mais c'est aussi la réalisation d'un besoin désespéré de créer, pour les femmes, un espace sûr dans le champ intellectuel, dans une culture qui leur est injuste. « Le Livre de la Cité des Dames » ne parle pas seulement de la création d'une Cité imaginaire des femmes, mais aussi des frontières de la sécurité et de la justice au-delà des allusions littéraires.

Ce texte est sans nul doute d'actualité et parfaitement intelligible de nos jours, et sa lecture est, bien sûr, obligatoire. Puissent être aussi nombreux que possible ceux qui partagent les idées de la « Cité des Dames » et qui aideraient à bâtir une société de justice et de bonté.