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# Sur l'histoire de la bibliothèque de Varsovie en Russie : d'intéressants documents de Mikhaïl Ivanovitch Antonovski, l'un des premiers employés de la Bibliothèque impériale
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- Published: 2020-04-23T17:46:51.000Z
- Updated: 2026-10-01T06:05:07.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Archives, Livres, Patrimoine, Saint-Pétersbourg

Sur l'histoire de la bibliothèque de Varsovie en Russie, il existe d'intéressants documents laissés par l'un des premiers employés de la Bibliothèque impériale, Mikhaïl Ivanovitch Antonovski. Écrivain, historien et traducteur, M. I. Antonovski avait servi l'État sous bien des uniformes, de l'Amirauté et de la flotte jusqu'aux missions diplomatiques. En 1790, il se trouvait à Varsovie, où, par un amusant hasard, il examina de très près la bibliothèque publique des frères Załuski, comme s'il pressentait que ce trésor passerait bientôt en la possession de la Russie.

De fait, après diverses péripéties, dont un emprisonnement pour pensées blâmables à l'égard de la Russie et éloges de la Révolution française, affaire que Catherine II dut démêler en personne et qui s'acheva par l'acquittement de l'intellectuel, M. I. fut affecté à la « Bibliothèque publique impériale, alors en cours de confection à Saint-Pétersbourg ». On considère que c'est lui qui proposa précisément ce nom pour la bibliothèque.

Antonovski fut chargé du dépouillement des fonds de la bibliothèque de Varsovie : classement, description, évaluation et répartition. Presque aussitôt, il y joua un rôle de premier plan. Mais deux ans plus tard, ses affaires tournèrent mal, à cause des conflits incessants avec le directeur de la bibliothèque, poste auquel Paul Ier, à rebours de sa mère qui avait critiqué ce personnage et l'avait éloigné de la cour, avait nommé un diplomate français en fuite, Auguste de Choiseul-Gouffier. Quelques années plus tard, le Français eut définitivement raison de Mikhaïl Antonovski, qui fut congédié en 1799.

Et c'est ici que commence le plus intéressant.

Les archives de la chancellerie de la bibliothèque conservent le dossier Antonovski de 1797, d'où il ressort qu'Antonovski avait mis au jour une filière criminelle. M. I. affirmait que, sous l'égide du directeur, les manuscrits les plus précieux disparaissaient des fonds varsoviens non encore inventoriés, que des employés étrangers et des acolytes de Gouffier les remettaient à leurs amis, parmi lesquels le Polonais alors célèbre Czacki.

Auguste de Choiseul freinait sciemment les travaux d'examen des fonds afin d'en soustraire les exemplaires les plus précieux, et entravait l'élaboration d'un plan de la bibliothèque. À titre de comparaison : Antonovski avait classé 150 000 volumes en 10 mois, tandis que Choiseul-Gouffier, en 2 ans et demi, sans aucun plan et avec un personnel pléthorique, grassement payé et, tout exprès, étranger, était parvenu à « mettre en ordre » le quart de ce volume. Quand Antonovski eut découvert le système de vol des manuscrits et en eut rédigé le rapport au directeur, il fut aussitôt congédié, avec ce commentaire que, tant que Choiseul serait en vie, il ne serait jamais bibliothécaire et n'entrerait jamais dans la bibliothèque.

Le Français, pour sa part, racontait sans la moindre crainte que les Russes avaient traité la précieuse bibliothèque de Varsovie pis que les Agarènes n'avaient traité celle d'Alexandrie, tout en continuant à signer des autorisations de visite à d'innombrables étrangers qui fouillaient sans se cacher dans les dépôts et y dérobaient les meilleurs exemplaires trouvés. Les employés honnêtes se mirent à disparaître de la bibliothèque. Les aigrefins prospéraient. De fortes sommes étaient allouées à des copistes, mais la lettre d'Antonovski au procureur nous apprend que la bibliothèque n'avait embauché aucun copiste, et qu'il n'existait ni reçus ni livres attestant leur travail.

Bien que le procureur général Lopoukhine, l'ancien ministre du Cabinet Popov et l'ancien procureur général, le prince Kourakine, aient tous été au courant de l'affaire, Gouffier conserva son poste jusqu'en 1800, date à laquelle l'empereur daigna l'exiler en Lituanie. Le nouveau directeur de la bibliothèque fut A. S. Stroganov, et Antonovski fut rétabli dans ses fonctions ; il travaillerait en tout 14 ans à la Bibliothèque impériale, avant d'être de nouveau congédié en 1810, mais cette fois à la suite d'un autre scandale, lié à un plagiat dans la correspondance publiée de Catherine II et de Voltaire.