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# Le sort de la tête du khan Kenesary Kassymov entre la Kunstkamera, Omsk et le Gokhran
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- Published: 2017-04-13T10:32:47.000Z
- Updated: 2026-10-02T19:08:02.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Archives, Orient, Musées, Observations, Patrimoine

Pour en revenir au crâne du sultan Kenessary Kassymov, l'histoire de ses errances dans les arrière-cours des musées russes intrigue depuis longtemps bien des chercheurs.

L'opinion courante veut que la tête soit conservée à la Kunstkamera ou à l'Ermitage même. On en aurait jadis fait un cendrier pour le tsar, avant qu'elle n'échoue dans les collections d'un musée. À l'Ermitage, on dément, expliquant avec drôlerie que, si elle n'est pas à la Kunstkamera, elle n'est nulle part.

Cette confusion sur la localisation de la « pièce » confirme une fois de plus le peu d'importance qu'elle revêt pour l'État, tandis que, chez les Kazakhs, le retour de la tête du khan, aimé de tout un peuple, est perçu depuis quelques décennies presque comme un devoir sacré. Kenessary Kassymov était parvenu à rassembler sous son autorité les trois joüz kazakhs afin de se soulever contre le pouvoir tsariste ; l'historiographie soviétique avait coutume de voir en lui, aristocrate et inspirateur du mouvement de libération nationale, un rebelle.

Après sa défaite face aux Kirghizes, sur les terres desquels les troupes tsaristes l'avaient refoulé, Kenessary fut cruellement exécuté avec dix-neuf autres sultans. Les témoignages abondent à ce sujet, et bien sûr les légendes aussi. On raconte qu'on les aurait fait bouillir vivants, éventrés vivants, écartelés ; tous les sultans furent décapités et, selon toute vraisemblance, enterrés sur place, sur le lieu de l'exécution. La tête de Kenessary fut elle aussi séparée du corps, on ignore dans quelles conditions, avant ou après sa mort ; selon une version, elle aurait été remise à la mère des manaps qu'il avait tués. On raconte que les têtes des khans furent promenées pendant plusieurs mois d'aoul en aoul, chez les Kirghizes et au Semiretchié, livrées aux outrages. Quelque temps plus tard, le crâne de Kenessary se retrouva à Omsk, où l'avait apporté l'un de ses meurtriers. On pense qu'ils voulaient en faire présent au tsar, ou simplement aux « Russes », à titre de trophée.

C'est ici que commence une confusion plus épaisse encore que celle qui entoure l'exécution de Kenessary. L'a-t-on offerte au tsar ou non, le tsar aurait-il accepté un tel cadeau ou non, a-t-on fait de la tête une coupe, un cendrier ou rien de tout cela : nul ne le sait. Et les traces du crâne ont fini par ressurgir non pas à Saint-Pétersbourg, mais, chose étonnante, à Omsk. Dans les archives personnelles d'un érudit local d'Omsk a été retrouvée une note indiquant que la chancellerie de l'Administration générale de la Sibérie occidentale conservait un dossier sur le sultan rebelle Kassymov. Et à ce dossier était joint un crâne humain portant sur le front un sceau officiel.

Dans les catalogues des fonds des Archives historiques de la région d'Omsk figurent des dossiers relatifs au soulèvement du khan Kenessary. Hélas, impossible d'en prendre connaissance : ils sont frappés des mentions « Particulièrement précieux » et « Pour usage de service », ce qui est assez étrange pour des dossiers en substance civils.

De là naissent des légendes plus corsées encore que celle de la vieille femme surgie de la foule après l'exécution pour reprendre la tête du meurtrier de ses fils. On dit que la tête de Kenessary fut remise à la Kunstkamera de l'Ermitage, d'où elle fut transférée avec le temps à l'Institut de recherche sur les ethnies et l'origine de l'homme, puis, après la liquidation de l'établissement, au Gokhran de Russie. Certaines données indiquent que le crâne de Kenessary Kassymov figure sur la liste des raretés historiques placées sous la protection de l'État. Je n'ai pas vu moi-même ces documents, à l'exception de la note d'un historien mort en 1971, où il était effectivement question de la période omskoise du crâne du khan Kenessary. Les autres témoignages me paraissent douteux, mais nous en reparlerons une autre fois.