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# Deux sœurs de Marioupol occupée par les Allemands échangent leurs fils pour sauver un enfant juif
- URL: https://theparnassian.com/fr/chernenkii-i-belenkii/
- Published: 2021-05-12T07:11:38.000Z
- Updated: 2026-10-02T18:55:19.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Archives, Dans la presse, Livres, Mœurs

Le noir et le blond.

On peut vivre du Shakespeare à Marioupol. Quand les Allemands entrèrent dans la ville poussiéreuse, rien ne parut changer, car une pomme reste une pomme, une maison reste une maison, et le soleil d'octobre décline dans le golfe tout comme avant. Mais tout changea pour deux sœurs, d'une beauté russe et inquiète, qui avaient chacune un fils, l'une d'Alexeï, l'autre de David. Les enfants avaient un an, et les maris erraient depuis l'été sur les routes de la guerre.

Comme il se doit, on annonça aussitôt le recensement des Juifs, sous peine de mort par fusillade.

« Y aller ou ne pas y aller ? » : telle fut la première question, car le fils de David, selon toutes les lois allemandes, si précises, était juif. La réponse fut : ne pas y aller, sous peine de fusillade.

L'autre question n'en était pas une, la réponse venait d'elle-même : « On nous dénoncera. »

On trouva une issue. Deux enfants, un blond et un noir : à un an, on ne sait pas démêler lequel est lequel. On fit courir chez les voisins le bruit que, Dieu merci, il n'y avait pas à déclarer le nôtre, car il n'était pas né de David, mais d'une infidélité conjugale. Et qu'il était un véritable Russe. Pour preuve, on présenta un fils, mais le blond seulement, presque un Aryen à le voir, et qui était en réalité le fils d'Alexeï.

La mère du blond, arrivée depuis peu de Moscou, fut envoyée sur-le-champ dans un village grec, pour y vivre, mais avec le petit noir, le fils de sa sœur. Car là-bas tout le monde était brun, mais grec, et on leur permettait de vivre, non de mourir.

Ainsi échangèrent-elles leurs fils.  
Et ainsi furent-ils sauvés, bien sûr, sous peine de fusillade. Fusillade des Grecs, fusillade du père sage qui avait ordonné tout cela aux sœurs, fusillade d'un fils pour ses boucles sombres et de l'autre pour avoir trompé les siens. Pour David, revenu de la guerre, nul ne fut sauvé, hormis son fils unique et sa femme.

Mais il avait maintenant deux fils.

Et Alexeï, à son retour, avait lui aussi deux fils.

Voilà un texte bien touchant de Iakov Mirkine, paru dans [Rossiïskaïa gazeta](https://rg.ru/2020/08/13/pavlu-medvedevu-ispolniaetsia-80-let.html?ref=theparnassian.com). L'un des garçons de cette histoire est aujourd'hui un **mathématicien connu, docteur ès sciences, médiateur (ombudsman), Pavel Alexeïevitch Medvedev**