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# Le peintre Boris Koustodiev évoque Pâques à Moscou, les cathédrales du Kremlin et les cloches
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- Published: 2021-05-02T10:53:10.000Z
- Updated: 2026-10-02T18:55:42.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Foi, Livres, Moscou, Mœurs, Personnalités, Ethnographie

«Et le premier jour de Pâques, après cette grande nuit de joie, tu iras au Kremlin, et là, sur un coin ensoleillé, au chaud, sont assis à se reposer les pèlerins, ces errants de Dieu. Ils écalent des œufs teints en pourpre, et les coquilles colorées traînent alentour, et cela s'accorde si bien avec la toute jeune herbe verte, à peine née : le rouge avec le vert, n'est-ce pas une harmonie ? Ces coquilles, je m'en souviens encore. Et tout cela au soleil. Je ne vois rien sans soleil.

Puis ils ramassent soigneusement les coquilles, pas une ordure ne reste. Et, après s'être reposés, ils se lèvent et vont de cathédrale en cathédrale : la Dormition, l'Annonciation, l'Archange Saint-Michel, vers le Sauveur derrière sa grille dorée, vers saint Jean Climaque sous Ivan le Grand, au couvent de l'Ascension, au Tchoudov, à Constantin et Hélène, à la Joie Inespérée, tout cela dans le Kremlin. Puis vers la Vierge d'Ibérie et plus loin, toujours plus loin, vers les sanctuaires de Moscou : elle en était pleine. Comme cela est touchant, quelle pureté de cœur il y a là-dedans ! C'est admirable, c'est beau !

Et dans les églises, après les mélodies douloureuses, qui vous serrent le cœur, de la Semaine sainte, tout change d'un coup : la joie, l'allégresse, des récitatifs presque dansants. Et dans les paroles mêmes des chants on dit : "Peuples, réjouissez-vous". Il y a bien dû y avoir des Pâques de mauvais temps, mais ma mémoire n'en a rien gardé. Je ne me souviens toujours que du soleil.

Du matin aux vêpres, toute la Semaine sainte, Moscou aux coupoles d'or sonne ses cloches joyeuses. Et le printemps, le printemps aussi carillonne, exulte, quelle saison, quel prodige ! Mais peut-on raconter tout cela ? Les mots me manquent… Et dans mon âme, des carillons de printemps, je les sens encore.

On sonne à Saint-Nicolas-le-Mouillé, à la Protection-de-la-Vierge-aux-Golikas, à la Trinité-aux-Feuillets, à Saint-Nicolas-aux-Gouttelettes, à Saint-Nicolas-des-Interprètes, à Saint-Nicolas-sur-Pattes-de-Poule, à Saint-Nicolas-aux-Pyjy, à la Dormition-sur-les-Tombes, à Saint-Nicolas-des-Charpentiers, à Saint-Nicolas-sur-la-Bolvanovka, à la Résurrection-de-Kadachi, à Saint-Nicolas-sur-la-Derbenovka, au Sauveur-dans-la-Pinède.

Et partout, partout, des quarante fois quarante églises, le joyeux carillon.»

Extrait des souvenirs du peintre Boris Mikhaïlovitch Koustodiev