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# Le 10 novembre 2015, la Chambre des communes britannique a entendu, à mon sens, l'un des plus beaux discours politiques de l'histoire
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- Published: 2020-01-20T13:34:18.000Z
- Updated: 2026-10-01T06:05:28.000Z
- Author: Alexandr Radayev
- Tags: Londres, Société, Personnalités, Nature

Le 10 novembre 2015, la Chambre des communes britannique a entendu, à mon sens, l'un des plus beaux discours politiques de l'histoire. Rory Stewart, esprit brillant et intellectuel, plaidait devant le Parlement la cause des hérissons. Je vous propose de découvrir cette éblouissante intervention de dix minutes, due à un produit de l'Oxford Union, d'Eton et de la Dragon School : [https://www.youtube.com/watch?v=vqTkLoekm\_0](https://www.youtube.com/watch?v=vqTkLoekm%5F0&ref=theparnassian.com)

Le discours s'ouvre sur la célèbre formule du poète grec Archiloque, que cite Isaiah Berlin dans son fameux essai : « Le renard sait beaucoup de choses, mais le hérisson n'en sait qu'une, la plus grande. »

L'intervention se rattachait à une proposition visant à faire du hérisson un emblème national de l'Angleterre. Idée fort discutable, cela dit, si l'on songe que le hérisson fut employé par Saatchi & Saatchi dans la campagne publicitaire du Parti conservateur lors des élections de 1992.

Outre l'importance du hérisson comme maillon de l'écosystème, Stewart explique que la population de hérissons est aussi un indicateur écologique, et il propose des solutions fort simples pour préserver l'espèce sur l'île, telles que ménager des passages pour les hérissons dans les haies vives des propriétés foncières.

L'orateur rappelle que les hérissons n'avaient pas été débattus au Parlement depuis 1566 : il s'agit de l'instauration, sous la reine Élisabeth Ire, d'une prime de trois pence pour la tête de chaque hérisson tué. Le principal prétexte de cette guerre aux hérissons était la croyance selon laquelle ils se glissaient la nuit sous le pis des vaches endormies dans les prés pour boire tout leur lait. Cette haine perfide a failli, en deux siècles, conduire à la disparition pure et simple d'un animal qui courait dans les jambes des dinosaures il y a 56 millions d'années.

Célébré par le folklore et la littérature comme une créature mystique et magique, le hérisson, qui n'a laissé indifférent aucun peuple, est devenu, au fil de près de 2000 ans d'étude, la victime d'erreurs et de mythes funestes. Les premières mentions scientifiques se trouvent chez Aristote, qui croyait à tort que le hérisson transportait sur son dos les pommes qu'il avait ramassées ; Isidore de Séville en parlait aussi, affirmant que les hérissons se déplacent avec des grappes de raisin sur la bosse. Buffon poursuivit sur la lancée de l'erreur en jugeant que le hérisson traîne ces fruits jusqu'à son terrier pour s'en nourrir l'hiver. Or les hérissons entrent en hibernation profonde et ne font aucune provision pour l'hiver.

Une autre légende, purement britannique, voulait que les cinq dents du hérisson symbolisent les cinq justifications des pécheurs devant le Seigneur. Mais le hérisson n'a pas cinq dents, il en a trente-six : 20 à la mâchoire supérieure et 16 à l'inférieure. Cinq dents, chose curieuse, c'est l'oursin de mer qui les possède : une par mâchoire.

De 1566 à 1800, jusqu'à 2 millions de hérissons furent exterminés, et ce n'est qu'en 1908 que le ministère de l'Agriculture publia un document officiel précisant que les hérissons ne peuvent pas boire le lait aux trayons de vaches couchées. Aujourd'hui encore, les hérissons sont menacés de disparition en Grande-Bretagne, et bien des Britanniques ne les ont jamais vus à l'état sauvage, seulement dans les zoos.